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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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La gauche sera marxiste ou ne sera pas
[vendredi 23 avril 2010 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les Intellectuels contre la gauche. L'idéologie antitotalitaire en France (1968-1981)
Michael Scott Christofferson
Éditeur : Agone
445 pages / 23,75 € sur
Résumé : Un livre d'un jeune historien américain qui tente de revoir l'interprétation du courant antitotalitaire de la gauche française.
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L’illusion perdue


Si ce parti pris laisse perplexe, c’est que l’auteur a une conception de l’intellectuel qui fausse son raisonnement. Dans sa perspective, les intellectuels font de la politique en défendant un corpus d’idées susceptible de dévaloriser les thèses en cours dans le débat politique classique. Dès lors qu’un concept comme le totalitarisme aurait été instrumentalisé par des intellectuels désireux de jeter l’opprobre sur le marxisme, ses contempteurs deviendraient des acteurs pleinement engagés de la vie politique. Cette définition de l’intellectuel est somme toute modeste car elle refuse de reconnaître aux détenteurs du savoir une position d’autorité définitive, qui les autoriserait à débattre de leurs idées au-dessus de la mêlée politicienne. La difficulté de la traduction de l’expression "intellectual politics " employée par Christofferson à maintes reprises dans le texte original trahit précisément un point de vue qui refuse d’installer des intellectuels dans la position commode du choix entre engagement et isolement. On comprend ainsi le sens du titre surprenant de ce livre, Les Intellectuels contre la gauche : les intellectuels antitotalitaires se seraient retournés contre la gauche en préservant leur esprit critique vis-à-vis d’elle.

L’auteur finit ainsi de réécrire l’histoire des intellectuels de gauche qu’il regrette de ne plus lire chez ses contemporains. La boucle est bouclée. Et le tropisme marxiste-léniniste largement avoué. Cette manière subtile de redessiner à contretemps l’histoire des idées post-1968 donne le sentiment d’une grande nostalgie de l’époque où le marxisme dominait l’intelligentsia française. Christofferson semble se prévaloir de son regard d’historien étranger capable de mesurer objectivement les particularités françaises. Il y a dans cette approche quelque chose du mot de Racine dans sa préface à Bajazet, selon lequel "l’éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps". L'historien du temps présent peut-il néanmoins substituer un certain décentrement géographique à la distance des années ? On referme ce livre en pensant au contraire qu'il s'encombre ainsi de la naïveté propre aux acteurs immergés dans une histoire déjà vieille de trente ans.
 

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2 commentaires

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Jean Scott

26/04/10 16:55
Comment identifiez-vous le "tropisme marxiste-léniniste" ? Et comment le developperiez-vous ?
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JacquesBolo

24/04/10 12:50
La position de l'auteur est sans doute un peu biaisée par le fait que les intellectuel française parlent beaucoup plus de politique qu'aux Etats-unis.

Mais pour la question traitée, il me semble que ce qu'il vise est plutôt ce qui correspond aujourd'hui aux "bobos". Ils représentent la réalité sociologique d'une mouvance non totalitaire, et surtout non organisée (d'où leur pb), qui les apparente aux libertaires. Ils subissent aujourd'hui les attaques conjointes des stals et des fachos qui comprennent qu'ils représentent leurs adversaires essentiels (et les traitent respectivement de "libéraux" et de "gauchistes").

Leur réalité sociologique est simplement le fait qu'ils sont des intellectuels qui ne peuvent donc plus être enrégimentés par des bureaucrates (à gauche) ou des curés (à droite). La mutation correspond à la différence entre les catholiques et les protestants. Et la difficulté réside dans l'organisation d'égaux.

Bobos de tous les pays, unissez vous!

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