On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On a longtemps considéré les juristes comme " les intellectuels oubliés de l’histoire " (propos de J.-M.Guieu repris par J.-P. Allinne, p. 34), et cette critique visait tout particulièrement les professeurs de droit, accusés d’une forme de repli volontaire sur les hauteurs de leurs chaires universitaires. De fait, si au XIXème siècle Thémis frayait souvent avec le Palais (palais de Justice), elle s’égarait plus rarement dans la vie de la Cité (au sens d’activité politique, à l’échelon local ou national). Pourtant, si cette impression de repli pouvait être apparemment confirmée par le conservatisme dont fit parfois preuve le corps enseignant de la Faculté de droit de Paris au XIXème siècle, les recherches menées depuis quelques années tendent à corriger cette interprétation, en s’attachant à mettre en lumière l’ancrage des professeurs de droit dans la vie publique.
Il existe même actuellement une vraie curiosité des juristes (historiens du droit et juristes positivistes) pour explorer le passé de leur institution. Les enquêtes menées adoptent différents points de vue. L’exercice de la monographie de grands professeurs, assez classique dans sa forme, se révèle toujours très riche en ce qu’il offre un regard subjectif sur une époque et une profession ; mais il est aujourd’hui complété par des recherches de plus en plus souvent consacrées à l’histoire collective du corps professoral de telle ou telle Faculté de droit. Chaque célébration d’anniversaire de la fondation d’un établissement d’enseignement du droit est l’occasion de publier des ouvrages souvent très intéressants sur le fonctionnement général de l’institution, appréhendée à travers l’histoire du personnel enseignant ou/et de la vie étudiante . L’histoire des Facultés de droit tend aussi à devenir un sujet de thèse et de recherches collectives . Pour conclure ce rapide panorama de la recherche, on signalera que le projet CEDRE dirigé par le professeur Jean-Louis Halpérin œuvre à la constitution d’un Corpus des enseignants de l’ensemble des Facultés de droit en France, entre 1804 et 1950 (élaborée à partir des dossiers de carrière des professeurs de droit conservés aux Archives Nationales, ainsi que d’autres fonds d’archives publics et privés, cette base de donnée devrait permettre de suivre le déroulement de la carrière des professeurs de droit et la politique de recrutement des établissements). L’ensemble de ces recherches pourrait évidemment donner l’impression de verser dans une sorte de discours corporatif, mais de jeunes chercheurs ont ouvert un nouveau champ de recherche, en soulignant la perméabilité de l’institution universitaire à la vie de la cité .
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