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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La grande exclusion : un syndrome ?
[dimanche 18 avril 2010 - 10:00]
Médecine
Couverture ouvrage
La grande exclusion : L'urgence sociale, symptôme et thérapeutique
Xavier Emmanuelli, Catherine Malabou
Éditeur : Bayard
126 pages / 16,15 € sur
Résumé : Ce livre est écrit à la manière d’une fugue, avec la "fuite" du sujet de la réflexion médicale (X. Emmanuelli) à la réflexion philosophique (C. Malabou). Chacun joue donc le même thème, on a l’impression que ça sonne pareil à l’oreille, mais en lisant les deux auteurs on n'y trouve pas vraiment les mêmes notes...
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D’abord, ce livre définit la gande exclusion qu’il ne faut pas confondre avec l’exclusion et/ou l’errance, ni même avec la pauvreté qui existe depuis la nuit de temps et qui n’a pas toujours conduit à l’exclusion  , même si parmi les composantes de la grande exclusion on y trouve la pauvreté, et peut-être aussi l’errance. Mais ceci ne répond pas en totalité à ce que peut être la grance exclusion et ce livre propose d'y répondre davantage.

Dans cet ouvrage, Xavier Emmanuelli   et Catherine Malabou   développent une approche tour à tour différente et complémentaire de la grande exclusion. Parfois, les propos divergent jusqu’à l’opposition. Ainsi, Xavier Emmanuelli écrit : "on ne tombe pas dans la grande exclusion par hasard, sans un ensemble de carences qui, pour certaines, remontent à l’enfance, pour d’autres surgissent sous les coups du réel"  . La grande exclusion serait alors une conséquence de différents éléments que l’on pourrait presque retrouver dans la vie de chaque grand exclu. Et un évènement viendrait faire basculer le sujet dans la grande exclusion.

Catherine Malabou parle également de traumatisme, mais d’une façon bien différente. Elle s’appuie sur le stress post traumatique en comparant les grands exclus avec les victimes d’accidents industriels comme ceux d’AZF, les victimes de catastrophes naturelles telles que les tsunamis ou les tremblements de terre, les victimes d’abus sexuels... Entre ces deux registres bien différents que sont le traumatisme dû au lien pathogène à l’autre, celui de l’adulte vers le bébé ou l’enfant, et le traumatisme dû à l’imprévisible hasard de la vie qui fait qu’une personne est malheureusement là quand la catastrophe (industrielle, climatique...) arrive, le glissement se fait en douceur grâce à l’énumération qui vaut pour comparaison, à grand renfort d’arguments neuropsychologiques pour montrer que les deux traumatismes provoquent des lésions cérébrales identiques. Peut-être, mais cela ne suffit pas pour passer ainsi de l'un à l'autre. Le traumatisme ne se réduit pas à des éléments neuropsychiques, lesquels effacent le sujet avec sa subjectivité et son histoire. Dans le cadre psychologique, le traumatisme est subjectif : telle personne va s'effondrer suite à tel acte ou parole subi alors que cela n'aura pas d'effet majeur pour telle autre . 

L’approche proposée par Xavier Emmanuelli et Catherine Malabou est donc contrastée. Chez le premier, on sent l’expérience de terrain avec une réflexion médicale et psychologique/psychiatrique, on sent les années passées à cotoyer cette population d’exclus et de grands exclus avec la découverte du sujet au plus près de son histoire. Chez Catherine Malabou, on sent une intéressante volonté de penser la grande exclusion à partir de la philosophie, mais aussi une vive critique de la psychanalyse, sinon des comptes à régler avec elle. Pour les références philosophiques, Jean-Jacques Rousseau est convié avec intérêt pour le lecteur, pointant son paradoxe. Pour la psychanalyse, Patrick Declerk est sévèrement discuté, n'hésitant pas à écrire que la lecture des analyses de ce dernier provoque un malaise  . Certes, l’approche freudienne de Patrick Declerk a des conclusions qui font parfois grincer des dents, ce que la philosophe ne manque pas de souligner. Mais, d'une part, on ne peut pas réduire l’analyse de l’errance, du vagabondage, de la clochardisation, de l’exclusion et de la grande exclusion à la seule analyse de Patrick Declerk pour le domaine psychanalytique car ce serait retenir un auteur sur des dizaines. D'autre part, malgré certaines interprétations discutables de Patrick Declerck, il n'en est pas moins une large pierre à l’édifice que constitue la pensée clinique "psy" de ce sujet.

Titre du livre : La grande exclusion : L'urgence sociale, symptôme et thérapeutique
Auteur : Xavier Emmanuelli, Catherine Malabou
Éditeur : Bayard
Date de publication : 22/10/09
N° ISBN : 2227479159
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