Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL

Revue de presse

Bientôt de nouveaux résultats !

Les idées sur le Web

Bientôt de nouveaux résultats !

L'archipel des mémoires
[samedi 17 avril 2010 - 16:00]
Histoire
Couverture ouvrage
La Mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours
Olivier Wieviorka
Éditeur : Seuil
303 pages / 19 € sur
Résumé : Une bonne synthèse sur les différentes politiques qui ont cherché, avec ou sans succès, à proposer en France une lecture, jamais unifiée, de la Seconde Guerre mondiale.
Page  1  2  3 

Trouver la "juste mémoire"   pour mettre fin au "tumulte mémoriel", qui consiste à "parler sans fin pour ne pas dire l’essentiel"  , telle est, depuis la Libération, l'impossible équation que cherchent à résoudre les pouvoirs publics en France. Déployant une large palette d'instruments, tant juridiques que symboliques, l'Etat tente depuis 1945 d'unifier le souvenir d'une époque qui revêt de multiples significations selon les groupes sociaux concernés. A l'inverse de la Première Guerre mondiale, la période allant de 1939 à 1945 ne put donner lieu à une lecture univoque et uniforme et engendra une multiplicité de politiques, aux finalités mouvantes dans le temps. C'est justement l'histoire de ces politiques publiques de la mémoire de la guerre et de l'Occupation que tente ici de retracer Oliver Wieviorka  .

Un projet qui mêle histoire et sciences politiques

Le projet est issu d'une commande de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense. Olivier Wieviorka et Antoine Prost ont dirigé une équipe d'une quinzaine de chercheurs et de sa contribution au travail collectif, Olivier Wieviorka a tiré un ouvrage qui approfondit l'étude des politiques mémorielles françaises, non sans quelques échappées du côté de nos voisins européens. A première vue, on aurait pu penser le sujet bien épuisé, tant l'histoire de la mémoire est devenue un champ fertile de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Henry Rousso s'illustra dans ce domaine en analysant le "syndrome de Vichy" dans la société française  , tout comme Annette Wieviorka   ou Olivier Lalieu  . Mais Olivier Wieviorka innove, en choisissant d'aborder l'analyse par l'angle des politiques publiques, champ particulièrement dynamique des sciences politiques ces dernières années et qui incite à étudier dans un même mouvement les producteurs des politiques mémorielles et leur contenu-même ainsi que les destinataires de celles-ci. Professeur à l'ENS Cachan, spécialiste de l'histoire de la Résistance   et du Débarquement  , il annonce ici vouloir faire une histoire avant tout politique et non culturelle ou sociale de la mémoire   afin de "définir la pesée des années sombres dans le débat politique en envisageant la place respective que prirent l'Etat, les partis ou les associations à leur récit". En ce sens, il reprend les modèles d'analyse posés par les politistes tels Pierre Muller ou Jean-Claude Thoenig, en cherchant à comprendre comment chaque politique mémorielle est porteuse d'une idée du problème, d'une représentation sociale du groupe concerné et d'une idée de changement social.

Titre du livre : La Mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours
Auteur : Olivier Wieviorka
Éditeur : Seuil
Collection : L'univers historique
Date de publication : 04/02/10
N° ISBN : 2021014762
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

Anne Pédron

28/04/10 10:18
@Luc Nemeth: Monsieur, si je peux comprendre votre désaccord, je ne saisis pas pourquoi tant d'agressivité. O. Wieviorka e me semble pas dupe des lacunes de la politique mémorielle giscardienne, il souligne simplement (p.198-199) que la libéralisation du système d'Archives, tout comme le système de dérogations ont permis aux historiens de travailler sur documents et non plus sur témoignages uniquement et donc d'approfondir ou de défricher de nouvelles problématiques. Pour autant, cela n'a pas été une révolution concernant l'écriture de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale.
D'autre part, la commande d'une étude par la DMPA est bien logique, au vu de la focalisation de l'Etat sur le devoir de mémoire. Et justement, en approfondissant dans un livre, O. Wieviorka fait oeuvre d'historien (et non de propagandiste comme vous semblez l'affirmer), en essayant de montrer comment progressivement s'est affirmé puis a muté cette injonction du "devoir de mémoire". D'autres l'ont aussi fait, qui participent aussi à des dispositifs institutionnels, tels Olivier Lalieu. La participation de l'historien aux politiques publiques de la mémoire, est toujours complexe, mais me semble justement plus que nécessaire pour que celui-ci soit bien plus un devoir d'histoire qu'une suite de commémorations larmoyantes et affectives (ce que dénonce d'ailleurs en creux Wieviorka à la fin de son ouvrage).
Avatar

gozillon

27/04/10 15:52
Je m'excuse ; à la relecture trop tardive, je vois que j'aurais dû écrire "qu'il est le plus facile" et non "dont il est le plus facile"...
Avatar

gozillon

27/04/10 15:49
Le devoir de mémoire est une prérogative dont l'Etat s'est emparé en s'appuyant sur une espèce de consensus social. On finit par confondre le devoir de mémoire avec l'histoire, quitte à mettre une majuscule qui ne s'impose pas mais qui va faire ensuite son travail de majuscule : faire que tout le monde ait été victime ou bourreau, transformer les victimes en héros, rechercher les moments éclatants pour les commémorer, placer en relief la nation française dont les faiblesses apparaîtront alors comme preuves de sa complexité et de sa richesse. Le devoir de mémoire n'est pas l'histoire et l'histoire n'est pas un devoir de mémoire. Le devoir de mémoire n'est qu'une des injonctions qui pèsent sur l'historien, une des plus présentes et l'une par conséquent dont il est le plus facile (intellectuellement, mais non en pratique) de mettre de côté. Mais il y en a bien d'autres, beaucoup plus difficiles à cerner, et sans doute impossible dans la mesure où elles se glissent (comme l'inconscient) dans le droit fil du récit historien. Toutes, comme le devoir de mémoire, présupposent par définition et avant tout démonstration, qu'il y eut un ou des passés dont l'historien a à rendre compte. Et si le Passé était une invention nécessaire (mais seulement une invention) du Présent?
Avatar

luc nemeth

19/04/10 09:41
il n'y a qu'en France, que l'on voit des TRUCS pareils : cette soi-disant "réflexion" sur la mémoire officielle (mais qui n'est qu'un ramassis de platitudes) est... "issue d'une commande de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense" !
Reste que c'est pousser mémé dans les orties, un peu plus loin que n'est bourgeoisement admis, que d'affirmer que la loi sur les archives de 1979 aurait "permis qu'émergent de nouvelles problématiques mémorielles".
Quiconque s'intéresse un tant soit peu à ces questions sait que c'est ici le... contraire, qui est vrai.
Et que c'est bien la loi du 3 janvier 1979, qui grâce à son article 7 alinéa 5 a permis de repousser de 30 à 60 ans le délai de consultabilité de tout document un tant soit peu "sensible".
Certes ce sont tous les Etats, qui quel que soit le pays et quelle que soit l'époque, protègent leurs secrets. Mais la grande originalité est qu'ici le verrouillage s'est accompli sous la bannière du... devoir de mémoire ! Décidément : il n'y a qu'en France, que l'on voit des TRUCS pareils.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici