Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Bientôt de nouveaux résultats !

Trouver la "juste mémoire" pour mettre fin au "tumulte mémoriel", qui consiste à "parler sans fin pour ne pas dire l’essentiel" , telle est, depuis la Libération, l'impossible équation que cherchent à résoudre les pouvoirs publics en France. Déployant une large palette d'instruments, tant juridiques que symboliques, l'Etat tente depuis 1945 d'unifier le souvenir d'une époque qui revêt de multiples significations selon les groupes sociaux concernés. A l'inverse de la Première Guerre mondiale, la période allant de 1939 à 1945 ne put donner lieu à une lecture univoque et uniforme et engendra une multiplicité de politiques, aux finalités mouvantes dans le temps. C'est justement l'histoire de ces politiques publiques de la mémoire de la guerre et de l'Occupation que tente ici de retracer Oliver Wieviorka .
Un projet qui mêle histoire et sciences politiques
Le projet est issu d'une commande de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense. Olivier Wieviorka et Antoine Prost ont dirigé une équipe d'une quinzaine de chercheurs et de sa contribution au travail collectif, Olivier Wieviorka a tiré un ouvrage qui approfondit l'étude des politiques mémorielles françaises, non sans quelques échappées du côté de nos voisins européens. A première vue, on aurait pu penser le sujet bien épuisé, tant l'histoire de la mémoire est devenue un champ fertile de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Henry Rousso s'illustra dans ce domaine en analysant le "syndrome de Vichy" dans la société française , tout comme Annette Wieviorka ou Olivier Lalieu . Mais Olivier Wieviorka innove, en choisissant d'aborder l'analyse par l'angle des politiques publiques, champ particulièrement dynamique des sciences politiques ces dernières années et qui incite à étudier dans un même mouvement les producteurs des politiques mémorielles et leur contenu-même ainsi que les destinataires de celles-ci. Professeur à l'ENS Cachan, spécialiste de l'histoire de la Résistance et du Débarquement , il annonce ici vouloir faire une histoire avant tout politique et non culturelle ou sociale de la mémoire afin de "définir la pesée des années sombres dans le débat politique en envisageant la place respective que prirent l'Etat, les partis ou les associations à leur récit". En ce sens, il reprend les modèles d'analyse posés par les politistes tels Pierre Muller ou Jean-Claude Thoenig, en cherchant à comprendre comment chaque politique mémorielle est porteuse d'une idée du problème, d'une représentation sociale du groupe concerné et d'une idée de changement social.
4 commentaires
Anne Pédron
D'autre part, la commande d'une étude par la DMPA est bien logique, au vu de la focalisation de l'Etat sur le devoir de mémoire. Et justement, en approfondissant dans un livre, O. Wieviorka fait oeuvre d'historien (et non de propagandiste comme vous semblez l'affirmer), en essayant de montrer comment progressivement s'est affirmé puis a muté cette injonction du "devoir de mémoire". D'autres l'ont aussi fait, qui participent aussi à des dispositifs institutionnels, tels Olivier Lalieu. La participation de l'historien aux politiques publiques de la mémoire, est toujours complexe, mais me semble justement plus que nécessaire pour que celui-ci soit bien plus un devoir d'histoire qu'une suite de commémorations larmoyantes et affectives (ce que dénonce d'ailleurs en creux Wieviorka à la fin de son ouvrage).
gozillon
gozillon
luc nemeth
Reste que c'est pousser mémé dans les orties, un peu plus loin que n'est bourgeoisement admis, que d'affirmer que la loi sur les archives de 1979 aurait "permis qu'émergent de nouvelles problématiques mémorielles".
Quiconque s'intéresse un tant soit peu à ces questions sait que c'est ici le... contraire, qui est vrai.
Et que c'est bien la loi du 3 janvier 1979, qui grâce à son article 7 alinéa 5 a permis de repousser de 30 à 60 ans le délai de consultabilité de tout document un tant soit peu "sensible".
Certes ce sont tous les Etats, qui quel que soit le pays et quelle que soit l'époque, protègent leurs secrets. Mais la grande originalité est qu'ici le verrouillage s'est accompli sous la bannière du... devoir de mémoire ! Décidément : il n'y a qu'en France, que l'on voit des TRUCS pareils.