Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Les habits neufs de l’idée communiste
[jeudi 15 avril 2010 - 15:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
L'idée du communisme. Conférence de Londres 2009
Alain Badiou, Slavoj Zizek
Éditeur : Lignes
347 pages
Résumé : L'idée du communisme connaît un regain d'intérêt soudain, des philosophes confirmés proposent ici chacun leur vision d'une idée aux facettes multiples.
Page  1  2  3 

Le communisme serait-il devenu à nouveau un objet de culture pop ? Tout comme Mao et les maoïstes avaient pu se réincarner - sous prétexte d’un docu-fiction original - en un générique yé yé dans le film La Chinoise de Godard, les anciens philosophes hérauts de l’idée du communisme sont devenus les superstars d’un capitalisme en mal de fondement, fasciné par ces thuriféraires passionnants et exigeants que sont Badiou (le platonicien fulgurant) et Žižek (l’hégélien agité). C’est en tous les cas ce que semble suggérer la récente hypervisibilité médiatique de ces deux penseurs (il suffit de circuler sur Internet ou de consulter les articles qui leur ont été consacrés dans des journaux francophones). A vrai dire, les contributeurs ne sont pas des débutants mais des penseurs confirmés. Leur mise en avant brutale sur la scène médiatique contribue à faire connaître des travaux comme ceux de Badiou et de Jacques Rancière qui s’écrivent depuis bientôt quarante ans, et dont le monde intellectuel francophone a mis du temps à mesurer les enjeux réels et les apports inédits pour le débat public . Prétexte donc éminemment utile que de mieux faire connaître ces pensées complexes et stimulantes par le biais d’un colloque mondial et retentissant sur l’idée du communisme.

 

Le communisme comme "opération intellectuelle"

C’est lors de ses discussions avec son ami Slavoj Žižek que Badiou décide donc de convoquer une sorte de colloque philosophique autour du mot “communisme”, mot dont la réapparition soudaine combinée à un regain d’intérêt vivace avait fait frémir la presse internationale lors de la crise. Dans ce colloque tenu en 2009, se bousculent aux premières loges des philosophes d’envergure, de Rancière à Badiou en passant par Toni Negri ou encore Gianni Vattimo, qui viennent ainsi dessiner les contours d’une sorte de conglomérat international de penseurs aux couleurs politiques bigarrées (quoi de commun entre le maoïsme de Badiou et le communisme spinozisto-deleuzien de Negri par exemple, ou encore le matérialisme dialectique lacaniano-hégélien d’un Žižek). Deux conditions étaient ainsi exigées pour intégrer cet arc de cercle royal, “parler strictement en son propre nom, être convaincu que le mot communisme peut, et doit conserver […] une valeur affirmative” . C’est autour de ce pacte symbolique que se déroulent les vives discussions contenues dans ce livre, qui incarnent chacune une pluralité de définition possible de ce que "peut" le communisme.

Titre du livre : L'idée du communisme. Conférence de Londres 2009
Auteur : Alain Badiou, Slavoj Zizek
Éditeur : Lignes
Date de publication : 21/01/10
N° ISBN : 9782355260438
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

victorlefevre

30/10/10 13:50

Vous avez raison sur un point : un tel galimatias métaphysique aurait fait frémir Marx. Néanmoins il ne faudrait pas sous couvert du bon sens reproduire les schémas hérités du capitalisme de division entre travail intellectuel et travail manuel. Réflechir à la la définition du communisme est un devoir avant de s'en réclamer.

Votre définition est par-exemple manifestement problématique. En se reposant sur la seule étymologie, et en faisant du communisme "la vie en commun" on se retrouverait à défendre l'Utopia de Moore. Abolition de l'argent, éducation commune des enfants, et autres belles rêveries mais quid du comment ? Pour y répondre il faut étudier le réel et affiner les concepts.

A la question : Le communisme, qu'est-ce, sinon une vie en commun ? Je répondrai que Marx a conçu le communisme sur une analyse économique précise comme abolition de la propriété privée des moyens de production. Et non sur l'abolition de la propriété privée sans plus de précision. Ce dont il est question ce n'est pas de la propriété commune des meubles et maisons (Moore), des femmes (Platon), ou que sais-je encore, mais du capital. Une telle définition n'épuise pas dans les sens du mot, la question reste bien plus épineuse que vous semblez le penser.
Avatar

babelouest

23/04/10 17:30
Ce sont de grands mots bien compliqués, auxquels je n'entends goutte. Peut-être faudrait-il revenir à la maxime de Boileau le sage :
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire viennent aisément.

Le communisme, qu'est-ce, sinon une vie en commun ? Qu'est-ce, sinon la disparition de la propriété individuelle ? Qu'est-ce, sinon l'abandon de la notion de profit individuel ? Qu'est-ce, sinon la tâche de chacun selon ses mérites, au bénéfice de tous et chacun selon ses besoins ?

Même aujourd'hui, le rutilant PDG de multinationale à la retraite a-t-il de vrais besoins différents de ceux de l'humble cimentier aux poumons rongés qui vient de s'arrêter ? En quelque sorte, oui : le second en a de bien plus pressants, compliqués, et une espérance de vie bien moindre, donc le droit à plus de compensations pour le temps qu'il lui reste à vivre. Le communisme, le vrai, pas celui des bouquins, saura lui assurer une fin de vie la meilleure possible.

Ah, ce n'était pas de cela que vous parliez ? Mais justement, c'est de cela qu'il faut discuter, car c'est cela qui importe.
Avatar

azerty

17/04/10 08:28
Consternant. Bel exemple de complaisance des médias français à l'égard de quelqu'un comme Badiou qui ne fait que ressasser les mêmes poncifs sur le communisme (je serais curieux de connaître la seule idée originale qu'il apporte...) Pour ne pas parler des choses qui fâchent (la réalité catastrophique de TOUTES les expériences communistes) on s'en tient à "l'idée" communiste.
Avatar

MM

16/04/10 19:28
Merci pour cette belle critique, précise, complète, actuelle et... passionnante !

Manque peut-être, d'une prise de position sur la virtualité du communisme, un système irréel ? C'est à dire expliquer le pourquoi du comment de la fin soviétique.

Ou bien le renouveau idéologique annoncé par ces conférences, révèlent surtout, une réalité politique revisitée... par de grands penseurs, des philosophes géniaux et des producteurs généreux.

Cela fait réfléchir et ça donne envie d'aller voir ce qu'il en est pour la prochaine conférence d'Alain Badiou.

Mais nous n'en avons pas la date...

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici