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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Une usine allemande sous le Troisième Reich
[jeudi 15 avril 2010 - 19:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Au coeur de l'IG Farben : L'usine chimique de Hoechst sous le Troisième Reich
Stephan H. Lindner
Éditeur : Belles Lettres
414 pages / 33,25 € sur
Résumé : Une monographie d’une grande richesse, certes, mais qui pose un problème déontologique et néglige une partie de l’historiographie de langue française.
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* Cet ouvrage est publié avec l'aide du Centre national du livre.

 

L’enjeu du livre de Stephan H. Lindner est de taille,  puisqu’il s’agit d’allier macro- et micro-histoire pour montrer, en l’espèce, comment le cas de l’usine Hoechst, près de Francfort-sur-le-Main, permet d’appréhender les relations entre le groupe IG Farben et le régime nazi. Cette démarche permet au lecteur de tirer quelques conclusions sur le rôle et les comportements des grands industriels allemands pendant cette période. Fondé en 1925, IG Farben est un consortium formé par les trois plus grandes firmes chimiques du continent européen, BASF, Bayer et Hoechst. L’auteur, professeur d’histoire économique à l’université militaire de la Bundeswehr de Munich, présente ainsi sa problématique : "dans quelle mesure l’usine de Hoechst a-t-elle été liée au régime nazi, à ses représentants et ses organisations, et associée voire activement impliquée dans ses crimes ? ". Qu’on soit spécialiste de ces questions ou non, on aurait pu s’attendre à ce qu’il mobilise des concepts comme ceux de "mise au pas" ou "d’alignement volontaire" (Gleichschaltung) qui permettent une approche plus nuancée que les théories de Gellately sur la contrainte et le consentement, auxquelles Lindner se réfère  . La question centrale est donc peut-être mal posée, en ceci qu’on ne peut que y répondre positivement : oui, les industriels et scientifiques allemands ont presque tous entretenu des "liens" avec le Reich, à tous les niveaux.

Une étude aussi rigoureuse qu’approfondie

La première partie de l’ouvrage, "De la constitution d’IG Farben à la Crise mondiale", permet de bien saisir la place de Hoechst dans le groupe. Étonnamment, on constate que Hoechst a plutôt été affaiblie, d’un point de vue économique, par la création du groupe IG Farben. Utilisant les archives du service du personnel mais aussi des fonds privés, Lindner propose un ensemble de portraits assez vivants qui permettent d’éviter la monotonie de certaines monographies d’entreprise. Dans son exposé, l’historien place au second plan les relations économiques internationales (la Standard Oil, qui avait passé de nombreux accords avec IG Farben, n’est pas mentionnée), pour se concentrer sur le fonctionnement interne du groupe IG Farben. 

Dans une seconde partie intitulée "Direction de l’usine, personnel et parti nazi", l’auteur traite des principaux acteurs de cette histoire de l’IG-Farben à l’époque du nazisme, insistant davantage sur leurs carrières au sein du groupe que sur leur psychologie, leurs motivations ou les valeurs qui les animaient. La question du personnel juif est abordée en détail, pour montrer qu’en l’espèce, l’intérêt bien compris de l’entreprise l’emportait souvent sur l’idéologie nazie. Ce n’est qu’au début de l’année 1938 que les cinq membres juifs du conseil de surveillance ont été "démissionnés", car l’entreprise risquait autrement d’être classée comme "entreprise juive"  . Les dirigeants étaient conscients de l’apport inestimable de nombreux scientifiques juifs du groupe, comme Fritz Haber, le père de la synthèse de l’ammoniac (utilisé pour les engrais et les explosifs), mais aussi des gaz de combat utilisés dans la Première Guerre mondiale (prix Nobel de chimie en 1918). Lindner résume bien la situation : "(...) les salariés juifs ont été autant que possible transférés à l’étranger ; (…) on a tenté d’apporter en Allemagne et à l’étranger une aide aux scientifiques juifs et on a souligné publiquement les mérites de collaborateurs juifs tels qu’Arthur von Weinberg ou Fritz Haber. Mais, en même temps, on a tenté de faire taire le racisme nazi et on s’est efforcé de combattre en Allemagne l’image d’un konzern ‘juif’"  . L’historien conclut ainsi : "Hoechst a pu apporter un certain soutien à des salariés juifs ou considérés comme tels tant que cela ne nuisait pas à l’entreprise ou même que cela lui servait"  .

Titre du livre : Au coeur de l'IG Farben : L'usine chimique de Hoechst sous le Troisième Reich
Auteur : Stephan H. Lindner
Éditeur : Belles Lettres
Nom du traducteur : Hervé Joly
Date de publication : 04/03/10
N° ISBN : 2251443819
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3 commentaires

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mao

17/04/10 16:36
les remarques faites sur le rôle de l'historien face à la demande sociale sont pertinentes.Quant à ce qui n'est pas mentionné, comme la référence à" la question humaine",on ne peut le reprocher à l'auteur,même si c'est pertinent par ailleurs de faire cette association!
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Anonyme

16/04/10 18:26
PS/ Un article intéressant qui m'a été signalé par une collègue historienne en guise de complément : "L’histoire au prétoire. Deux historiens dans les procès des maladies professionnelles et environnementales"
par David ROSNER et Gerald MARKOWITZ, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2009/01 - Volume 56
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RHMC_561_0227
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Dès l'aurore

16/04/10 15:50
Bonjour,
Juste pour préciser que le film de M. Klotz est fidèlement inspiré du livre de François Emmanuel.

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