Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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La collection Licence Philo des Presses Universitaires de France propose des manuels de niveau premier cycle dont le but est de fournir une introduction à un domaine précis du champ philosophique. L’Introduction à l’Ethique de Jean-Cassien Billier a pour but, comme son nom l’indique, d’introduire à la philosophie morale, et plus particulièrement à l’éthique normative .
Dès l’introduction, ce but est précisé, et on ne peut qu’applaudir l’auteur pour la tâche qu’il se fixe : introduire à la philosophie morale non par un catalogue historique des doctrines et des auteurs, mais en présentant les grands courants de la philosophie morale actuelle, ceux dont les philosophes moraux débattent aujourd’hui et maintenant. Ces trois grands courants sont : la déontologie, le conséquentialisme et l’éthique de la vertu. L’auteur prétend nous introduire à ces trois grands courants.
Une introduction au conséquentialisme ?
Néanmoins, comme l’auteur le reconnaît, la structure de l’ouvrage est inattendue : au lieu de se diviser en trois parties, une pour chaque grand courant, l’ouvrage se compose de deux parties. La première est entièrement consacrée au conséquentialisme, et principalement à sa variante la plus connue : l’utilitarisme, tandis que la seconde est supposée présenter les deux "autres", la déontologie et l’éthique des vertus, en les opposant au conséquentialisme. C’est là, déjà, l’un des points faibles de cette introduction : sur 240 pages, 164 sont consacrées au conséquentialisme et aux arguments anti-utilitaristes, 54 à la déontologie et seulement… 22 à l’éthique des vertus. Pour le coup, l’ouvrage aurait presque pu s’intituler "Introduction au Conséquentialisme".
Un essai ou des fiches ?
Même sans s’attarder sur ce point, la construction de l’ouvrage souffre d’un défaut majeur : à le lire, on a le sentiment de se trouver face à un monstre hybride, une fusion inachevée entre ce qui serait un essai de haut niveau contre le conséquentialisme et un ensemble de fiches très courtes sur des doctrines de philosophie morale.
En effet, la plus grande partie de la première partie (à l’exception du chapitre IV) ressemble moins à une introduction destinée à des premiers cycles qu’à un véritable essai original sur le conséquentialisme et ses objections. Ainsi, l’auteur cite et discute des recherches très récentes, comme Les Principes de l’Ethique de Ruwen Ogien et Christine Tappolet, et, dès la sixième page du tout premier chapitre, nous voilà en train de discuter leur "maître argument conséquentialiste", sans même qu’ait véritablement été précisé ce qu’est le conséquentialisme (ce sera l’objet du chapitre II). Tout au long de cette partie, les arguments sont souvent très techniques, et des notions sur lesquelles le novice de premier cycle pourrait bloquer sont survolées très rapidement. Ainsi, le célèbre argument dit de "la question ouverte", que nous devons à G. E. Moore, et qui a sa place dans n’importe quelle introduction à l’éthique, est traité par l’auteur en maximum une demi-page .
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louis-victor