Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Pour qui douterait de la capacité de la gauche à produire des idées, la lecture de La gauche après la crise est à conseiller, et ce pour au moins deux raisons. Premièrement, si les ouvrages qui dressent un diagnostic de la crise électorale et idéologique de la gauche sont légion, ceux qui prétendent apporter des remèdes le sont moins. Deuxièmement, bien que les auteurs militent pour un socialisme offensif, fidèle à ses valeurs originelles, ils tiennent compte des mutations économiques, sociales et techniques qui exigent des "recettes" programmatiques nouvelles. Guillaume Bachelay, actuel secrétaire national du PS à la politique industrielle, a été la "plume" de Laurent Fabius, tandis que le fonctionnaire européen Nicolas Mayer-Rossignol est un militant de Seine-Maritime, le département de son partenaire d’écriture et de l’ancien Premier Ministre. Leur ouvrage, qui se présente sous la forme d’un essai politique relativement "grand public", rédigé clairement et avec un sens aiguisé de la formule, peut s’interpréter comme la quête d’une gauche rejetant la dérive néolibérale ayant frappé la plupart des partis sociaux-démocrates, sans pour autant en revenir au Programme Commun des années 1970.
De la crise du socialisme au socialisme "postlibéral"
L’introduction a pour titre "l’été meurtrier du PS" et revient sur le constat de décès du parti socialiste par Bernard-Henri Lévy. Si l’antifascisme, l’anticolonialisme et l’antitotalitarisme brandis par BHL comme autant de "refus fondateurs", ne suffisent pas à définir un projet de gauche positif, son analyse des errements du PS, entre guerre des chefs et absence de projet, interpelle. Les auteurs insistent sur le découragement du peuple de gauche devant les divisions médiatiques des ténors socialistes, souvent vides de contenu politique, mais derrière lesquelles se devinent de violentes guerres fratricides. "L’outrance fait le sens" (18), constatent-ils désabusés, en mettant en rapport ces dérives avec le tout-à-l’égo contemporain et le traitement niveleur et racoleur de la politique par les médias dominants. Face à ce "cirque", "tout est à repenser" (23) : les socialistes se doivent de répondre aux carences démocratiques et sociales du sarkozysme par des propositions innovantes, fidèles aux valeurs des Lumières et de la gauche, mais adaptées au monde contemporain. Auparavant, Bachelay et Mayer-Rossignol entendent cependant préciser la nature du mal qui frappe la gauche française, et balayer quelques malentendus.
La première partie, intitulée "crise du socialisme, crash de l’humanisme", est une synthèse habilement menée des transformations du monde qui ont affecté les progressistes. Les auteurs partent de l’échec français du 21 avril 2002 pour aborder la cassure du lien entre les classes populaires et la gauche de gouvernement. S’ils défendent la mandature Jospin (création d’emplois, politique fiscale plutôt redistributrice, maîtrise des comptes publics), ils n’esquivent pas pour autant les critiques qui lui ont été adressées. Surtout, ils mettent la défaite électorale en perspective avec une histoire vieille de trente ans : celle du plongeon de toute la gauche européenne dans "les abysses du social-libéralisme". De fait, le PS et ses camarades sociaux-démocrates n’ont pas échappé à "la contagion néolibérale des esprits" (36), favorisée par la crise des années 1970 et la chute du Mur de Berlin. La fin des Trente Glorieuses s’est accompagnée d’une mutation majeure des sociétés européennes, passées d’un modèle d’économie mixte, de plein emploi et de réduction des inégalités, à un modèle néolibéral de compétition généralisée des systèmes sociaux, que les sociaux-démocrates n’ont pas réussi à combattre, quand ils n’ont pas participé à sa mise en œuvre. "La montée de l’individualisme" et "le développement d’une vision consumériste [de] l’engagement citoyen" (42) ont fait le reste pour affaiblir durablement la gauche.
5 commentaires
Byzance
FRancois01
....Mais...mais la crise n'est pas encore finie......il y en a encore pour 2 ou 3 ans, pour Paris
je ne sais pas, mais pour les régions françaises, c'est de ce ordre -là !
Donc, bonjour à ceux qui vont prendre la suite.......mais on n'en est pas encore à "le dernier éteindra la lumière......"
Rédaction@unkwown
unknown
disclaimer ? footer ??
c. bouillaud