Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
L'échec de l'égo-essai
[dimanche 28 mars 2010 - 21:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
La Tentation de Pénélope
Belinda Cannone
Éditeur : Stock
213 pages / 17,58 € sur
Résumé : En 36 chapitres courts, Belinda Cannone aborde les clichés du féminisme, livre ses opinions et rate son essai.  
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Désireuse de travailler sur les représentations et de faire le lit du différencialisme – cette habitude de penser les sexes par leur différences fondamentales pour les y enfermer –, Belinda Cannone examine de nombreuses questions actuelles : l’identité sexuelle, le féminisme des années 1970, la différence des sexes, la recherche scientifique, la banalisation du sexe chez les ados, les femmes au travail, la maternité… Elle développe ainsi une pensée superficielle dans un livre écrit trop vite et au style peu clair.

Des limites du moi ici et maintenant


En posant la question du se sentir femme plutôt que de l’être femme, l’auteure montre, à son insu, une certaine incapacité à sortir de la confusion générale qui agite ses contemporains devant certains sujets. Renoncer à poser la question de l’être, c’est inscrire ses propos dans une temporalité a minima, ce sur quoi Belinda Cannone insiste d’ailleurs en ancrant son texte, d’une part, dans le "pour l’instant"    et, d’autre part, dans l’énonciation strictement personnelle  .
Obstacles majeurs à une réflexion forte sur des questions importantes, ce " pour l’instant ", brandi comme une excuse en cas d’erreur, et son corollaire, un "moi" prudent, constituent une méthode de réflexion ambiguë consistant à penser sur les choses vues et entendues mais qui, malheureusement, ne permet pas de dépasser le premier mode de connaissance spinoziste ou la plus vulgaire opinion, la plus maigre perception de l’entourage.
Son argumentation par l’exemple ne réussit pas à convaincre puisqu’à chacun des exemples cités on pourra opposer un contre-exemple (sous la forme du "et à moi, il m’est arrivé ci" ou "et, de mon côté, mes amies considèrent que") et finit par s’empêtrer dans une conceptualisation primaire   qui tendrait plutôt à la construction de types féminins (la prostituée, l’actrice porno, l’intellectuelle, la mère) néfaste à la cause des femmes.

Titre du livre : La Tentation de Pénélope
Auteur : Belinda Cannone
Éditeur : Stock
Collection : L'autre pensée
Date de publication : 21/03/10
N° ISBN : 2234063736
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13 commentaires

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Ginger

11/08/10 17:34
Je crois qu'il a été assez dit que cette critique est proprement sommaire , quelque peu mal étudiée, et j'avais envie d'ajouter injuste .
Je commencerai par un avis personnel .
D'une part ,j'ai trouver la forme du discours excellente ,mais aussi le fond ! En effet ,j'ai particulièrement apprécié le ton de l'essai .On "tâtonne" si j'ose dire , avec l'auteur , par un certain "phénomène" d'identification on comprend l'auteure ; même si l'on n'est pas d'accord avec ce qui est dit .
Ensuite cet essai complète ma propre collection de ''littérature féministe" et îl est assez fascinant de constater que même si la thèse est très proche de celle de S.de Beauvoir , je trouve que le thème est ''réactualisé'' pour ainsi dire .Ne serait-ce que par le vocabulaire.On pourrait faire une critique stylistique ,mais là je crois que ce n'est pas le bon endroit ...
D'un point de vu militant , la seule chose qui me vient à l'esprit après toutes ces années de silence ,ou de commas plutôt est :"hallelujah!" .
Et enfin ,pardon d'être quelque peu familière ,mais Merci Belinda Cannone ,pour cet ouvrage intélligent , pertinent, parfait quoi ! :-)
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Rédaction@jeanne

09/04/10 18:37
Chère "jeanne",

Il nous semble que Sophie Burdet a répondu à vos doutes dans son commentaire du '31/03/10' à 10:12. De plus, elle a donné un point de vue singulier sur cet ouvrage, que vous êtes libre de ne pas partager. Nous vous renvoyons à l'article 8 de notre Charte déontologique et rédactionnelle : "Le site encourage la valeur des opinions et des points de vue singuliers dès lors que les critiques sont argumentées. Enfin, le commentaire des internautes permet de contrebalancer celui des critiques."

Cordialement
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jeanne

05/04/10 21:50
Ce compte rendu me paraît soulever un problème quant au fonctionnement de nonfiction.fr.: comment a-t-il pu être validé par le responsable éditorial alors qu'il contrevient si évidemment aux règles du genre? Il donne du livre en question - que j'ai lu - une image non seulement très approximative mais fausse: loin de "faire le lit du différentialisme", le livre en fait le procès; il n'a rien à voir avec de l'"autofiction", puisque relevant à l'évidence de l'essai et non du roman; et la rédactrice n'a manifestement pas repéré le travail assez subtil de l'auteur pour jouer avec les frontières entre les genres, associant de façon originale une documentation universitaire solide avec un point de vue en première personne. En outre le compte rendu est consacré pour un tiers à un autre livre du même auteur, dont la rédactrice n'a d'ailleurs manifestement pas compris le sujet. Et elle se permet de donner sa propre opinion, non seulement sur le livre lui-même mais sur son sujet! Faut-il rappeler qu'un compte rendu n'a pas pour objectif de permettre au rédacteur d'étaler ses points de vue personnels, dont le lecteur n'a rien à faire, mais de donner au lecteur une description juste de l'ouvrage, du genre dont il relève, et de son éventuel intérêt ou de ses lacunes?
Donc, de deux choses l'une: ou bien ce compte rendu a été validé par la rédaction, et on aimerait que celle-ci mette la barre un peu plus haut, sous peine de coulage accéléré de la réputation du site; ou il ne l'a pas été, et cela pointe alors un vrai problème dans le fonctionnement de nonfiction.
Une petite réponse des intéressés, siouplait?
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AnnaPerenna

03/04/10 12:26
il est très probable que je ne lirai pas le livre de mme Cannone et je remercie Sophie Burdet pour sa présentation, son honnêteté dans la discussion. Elle a l'honnêteté de se justifier, d'argumenter, d'affronter le débat. J
e remercie non fiction de m'avoir permis de découvrir le livre de Marie Joseph Bertini " ni d'Eve ni d'Adam" ( max milo) sur l'état de la question du "genre", à travers un article de Fabienne Dumont .
J'avais lu le précédent livre de MJ Bertini, "Femmes le pouvoir impossible" ( Fayard, 2002) où elle démontait notamment l'usage de la langue notamment à travers des mots comme "Egérie" "Muse" et "Pasionaria" , qualifiants obligatoires de l'action de femmes politiques, et qui bossent sournoisement à rendre leur action impossible. Des années après, je continue à sourire quand un de ces mots intervient inévitablement dès qu'il s'agit d'une femme politique.
Donc je me suis procuré celui ci. Petit éditeur. Pas très facile à lire, mais intéressant, s'efforçant d'aborder le vrai sujet: comment aujourd'hui créer une symbolique,- une politique, une société - prenant en compte le féminin ET le masculin?
merci à tous les contributeurs de non fiction pour leur boulot, indispensable.

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baal

02/04/10 18:32
L'auteur a raison, l'article est à la fois naïf et hypercritique. Mme Burdet semble croire qu'il suffit de ne pas employer la 1ère personne ou de faire du name dropping pour être "objectif". Elle semble même croire que les gender studies soient "scientifiques". Finalement on en apprend davantage sur l'auteur de l'article que sur le livre à chroniquer : ce n'est pas vraiment le but, je pense. Ceci dit je ne veux pas accabler Mme Burdet, il faut bien commencer.
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