On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Désireuse de travailler sur les représentations et de faire le lit du différencialisme – cette habitude de penser les sexes par leur différences fondamentales pour les y enfermer –, Belinda Cannone examine de nombreuses questions actuelles : l’identité sexuelle, le féminisme des années 1970, la différence des sexes, la recherche scientifique, la banalisation du sexe chez les ados, les femmes au travail, la maternité… Elle développe ainsi une pensée superficielle dans un livre écrit trop vite et au style peu clair.
Des limites du moi ici et maintenant
En posant la question du se sentir femme plutôt que de l’être femme, l’auteure montre, à son insu, une certaine incapacité à sortir de la confusion générale qui agite ses contemporains devant certains sujets. Renoncer à poser la question de l’être, c’est inscrire ses propos dans une temporalité a minima, ce sur quoi Belinda Cannone insiste d’ailleurs en ancrant son texte, d’une part, dans le "pour l’instant" et, d’autre part, dans l’énonciation strictement personnelle .
Obstacles majeurs à une réflexion forte sur des questions importantes, ce " pour l’instant ", brandi comme une excuse en cas d’erreur, et son corollaire, un "moi" prudent, constituent une méthode de réflexion ambiguë consistant à penser sur les choses vues et entendues mais qui, malheureusement, ne permet pas de dépasser le premier mode de connaissance spinoziste ou la plus vulgaire opinion, la plus maigre perception de l’entourage.
Son argumentation par l’exemple ne réussit pas à convaincre puisqu’à chacun des exemples cités on pourra opposer un contre-exemple (sous la forme du "et à moi, il m’est arrivé ci" ou "et, de mon côté, mes amies considèrent que") et finit par s’empêtrer dans une conceptualisation primaire qui tendrait plutôt à la construction de types féminins (la prostituée, l’actrice porno, l’intellectuelle, la mère) néfaste à la cause des femmes.
13 commentaires
Ginger
Je commencerai par un avis personnel .
D'une part ,j'ai trouver la forme du discours excellente ,mais aussi le fond ! En effet ,j'ai particulièrement apprécié le ton de l'essai .On "tâtonne" si j'ose dire , avec l'auteur , par un certain "phénomène" d'identification on comprend l'auteure ; même si l'on n'est pas d'accord avec ce qui est dit .
Ensuite cet essai complète ma propre collection de ''littérature féministe" et îl est assez fascinant de constater que même si la thèse est très proche de celle de S.de Beauvoir , je trouve que le thème est ''réactualisé'' pour ainsi dire .Ne serait-ce que par le vocabulaire.On pourrait faire une critique stylistique ,mais là je crois que ce n'est pas le bon endroit ...
D'un point de vu militant , la seule chose qui me vient à l'esprit après toutes ces années de silence ,ou de commas plutôt est :"hallelujah!" .
Et enfin ,pardon d'être quelque peu familière ,mais Merci Belinda Cannone ,pour cet ouvrage intélligent , pertinent, parfait quoi ! :-)
Rédaction@jeanne
Il nous semble que Sophie Burdet a répondu à vos doutes dans son commentaire du '31/03/10' à 10:12. De plus, elle a donné un point de vue singulier sur cet ouvrage, que vous êtes libre de ne pas partager. Nous vous renvoyons à l'article 8 de notre Charte déontologique et rédactionnelle : "Le site encourage la valeur des opinions et des points de vue singuliers dès lors que les critiques sont argumentées. Enfin, le commentaire des internautes permet de contrebalancer celui des critiques."
Cordialement
jeanne
Donc, de deux choses l'une: ou bien ce compte rendu a été validé par la rédaction, et on aimerait que celle-ci mette la barre un peu plus haut, sous peine de coulage accéléré de la réputation du site; ou il ne l'a pas été, et cela pointe alors un vrai problème dans le fonctionnement de nonfiction.
Une petite réponse des intéressés, siouplait?
AnnaPerenna
e remercie non fiction de m'avoir permis de découvrir le livre de Marie Joseph Bertini " ni d'Eve ni d'Adam" ( max milo) sur l'état de la question du "genre", à travers un article de Fabienne Dumont .
J'avais lu le précédent livre de MJ Bertini, "Femmes le pouvoir impossible" ( Fayard, 2002) où elle démontait notamment l'usage de la langue notamment à travers des mots comme "Egérie" "Muse" et "Pasionaria" , qualifiants obligatoires de l'action de femmes politiques, et qui bossent sournoisement à rendre leur action impossible. Des années après, je continue à sourire quand un de ces mots intervient inévitablement dès qu'il s'agit d'une femme politique.
Donc je me suis procuré celui ci. Petit éditeur. Pas très facile à lire, mais intéressant, s'efforçant d'aborder le vrai sujet: comment aujourd'hui créer une symbolique,- une politique, une société - prenant en compte le féminin ET le masculin?
merci à tous les contributeurs de non fiction pour leur boulot, indispensable.
baal