Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Voilà un ouvrage dont le sous-titre ("Que ferait Google à votre place ?") est bien alléchant. Car qui n'a pas glorifié le puissant moteur de recherche et ses nombreuses applications ? Qui n'a jamais rêvé de voir des outils flexibles, pertinents et accessibles se développer dans sa vie quotidienne ? Ou de connaître soi-même un succès si ample et si "naturel"? Car qu'on l'apprécie ou qu'on l'envie, on aime tous Google. Et ce n'est pas Jeff Jarvis, fondateur de l'hebdomadaire Entertainment Weekly et animateur du blog www.buzzmachine.com, qui nous dira que nous avons tort.
Dans une première partie, son propos n'est pas tant de revenir sur le succès de Google mais de s'intéresser au nouveau point de vue qui sous-tend la façon d'opérer de l'entreprise américaine : redonner à l'utilisateur-client sa vraie place, la place centrale. Google focalise en effet son énergie sur un but : faciliter notre vie en mettant à notre disposition de nouveaux outils. Et à travers ce changement de point de vue, Google laisse transparaître des valeurs que l'on n'était plus tellement habitué à voir, sinon en publicité : ouverture (avec l'Open Source), simplicité (comme avec Blogger qui permet de créer son blog en quelques minutes, sans compétence particulière en informatique), primauté donnée à la liaison (avec la création de communautés et de blogs, l'importance des liens entre un site ou un blog et un autre), mise à disposition de plate-formes d'échange (grâce à Google Documents, par exemple), gratuité (à travers la notion de "don" sur laquelle insiste Jeff Jarvis).
Dans cette optique, l'auteur préconise ainsi de privilégier la relation client et de mettre de côté une bonne fois pour toutes le recours aux agences de publicité et aux services marketing. Mais bien que la page du moteur de recherche reste d'une sobriété éternelle, cela n'empêche pas Google d'installer des bandeaux publicitaires personnalisés... mais chez les autres. Il aurait d'ailleurs été intéressant que l'auteur souligne davantage combien la réussite indéniable de Google n'était pas liée aux efforts en publicité-marketing mais bien à un investissement important dans la recherche et développement. Car avec Google, ce n'est plus l'entreprise qui fait naître de nouvelles envies, de nouveaux besoins chez les uns et les autres ; elle reste bien au service de ceux-ci en améliorant ce qui existe. Google met en effet bien en pratique ce qu'il prône : trouver des solutions à des problèmes et laisser le bouche-à-oreille faire son oeuvre bénéfique. Là-dessus, il n'y a presque aucun doute.
Mais ce que l'on aurait aussi voulu savoir, c'est comment fonctionne l'entreprise de l'intérieur. On sait en effet que les employés ont le droit (voire l'obligation) de consacrer une heure par jour à un projet personnel et ce afin de faire émerger de nouvelles idées mais qu'en est-il de la hiérarchie dans une équipe ? Du stress ? Du déroulement des réunions ? Des méthodes de recrutement des collaborateurs ? On aurait voulu avoir une idée plus précise là-dessus, non pour savoir si l'entreprise sera élue "The best place to work" cette année mais pour envisager combien "la méthode Goggle" est ou non totale, s'il y a communication entre les applications proposées aux internautes et les méthodes internes de management ou gestion de projet, voire s'il existe un lien d'influence entre l'univers de l'un et celui de l'autre.
Comment Google détecte-il les problèmes que nous rencontrons ? Là non plus, Jeff Jarvis n'apporte malheureusement pas d'éclairage sur la méthode suivie.
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