On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Plus de quinze ans après la parution de L’Empire du roi (Idées et croyances politiques en France XIIIe-XVe siècle), c’est un deuxième ouvrage de Jacques Krynen qui entre dans la prestigieuse collection " Bibliothèque des Histoires " des éditions Gallimard.
Le livre est le premier volume d’une œuvre intitulée L’Etat de justice. France, XIIIe-XXe siècle. Il porte pour sous-titre L’idéologie de la magistrature ancienne, en attendant le second volume consacré à la période post-révolutionnaire.
En ces temps de réforme de la justice et alors que la dernière révision constitutionnelle ayant introduit un contrôle de constitutionnalité a posteriori des lois commence à entrer en vigueur, l’ouvrage ne pouvait pas tomber plus à propos. Ce n’est sans doute pas exagérer que de dire qu’il fera date.
Son auteur signe là une œuvre de maturité. Sous un style clair ainsi qu’un raisonnement parfaitement maîtrisé et accessible, cherchant à éviter le plus possible les lourds apparats du style universitaire, on devine vite le long labeur de recherches et de lectures qui ont pu conduire à ce résultat.
Jacques Krynen, reconnu comme un spécialiste des idées politiques médiévales, est néanmoins avant tout un juriste-historien. A ce titre, il fait partie de ceux qui au sein des facultés de droit, croient que l’histoire et l’étude de textes parfois vieux de plusieurs siècles peuvent apporter beaucoup à la compréhension des institutions contemporaines. A l’heure où la production de normes devient débordante de toute part et transforme souvent le juriste en journaliste de l’actualité juridique la plus immédiate, c’est un pari assurément original et audacieux. Quiconque douterait qu’il puisse être relevé, pour se convaincre du contraire, n’a qu’à lire l’ouvrage de Jacques Krynen.
De quoi s’agit-il ? L’ouvrage se résume finalement à l’exposé d’une lente dépossession : celle d’un roi de France sur sa souveraineté par ses juges professionnels et notamment ses parlements. L’auteur s’attache à montrer comment les magistrats des cours souveraines ont usé d’une idéologie propre à justifier leurs prérogatives judiciaires et législatives et qui à la fin, ne laissait que peu de consistance à la souveraineté réelle du roi.
Le livre se divise en deux parties : l’une consacrée à la relation entre les juges et la justice (entendue comme fonction et comme idéal), l’autre, à la relation entre les juges et la loi. Dans chacune d’elles, Jacques Krynen montre tout ce que l’idéologie des magistrats doit aux doctrines médiévales relatives à un Etat de droit et de justice forgées par les juristes universitaires dans leurs commentaires du droit romain. Ce faisant, l’auteur opère plusieurs contrepieds historiographiques. Au premier chef, il s’affranchit de la vision commode qui n’explique la résistance des parlementaires de l’ancienne France que par le souci de préserver leurs privilèges personnels, masqué par des discours aussi grandiloquents que superficiels. L’auteur montre au contraire la profondeur et la continuité de leur idéologie – enjambant au passage sans difficulté la césure chronologique habituelle entre Moyen Age et Temps modernes – une idéologie qui devait néanmoins entrer en conflit de plus en plus intense avec le roi et son conseil à partir de la fin du Moyen Age.
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