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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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"Espions sur le Tibre"
[jeudi 25 mars 2010 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Renseignement et espionnage dans la Rome antique
Rose Mary Sheldon
Éditeur : Belles Lettres
519 pages / 33,25 € sur
Résumé : Sur un sujet jusqu’à présent orphelin de son historien, R.M. Sheldon propose une somme fouillée et synthétique. Elle ne résiste pas toujours aux difficultés de sa thèse.
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* Cet ouvrage est publié avec l'aide du Centre national du livre.

 

Le colonel Rose Mary Sheldon, ancienne chercheuse du département d’histoire ancienne de l'Université du Michigan a fait de l’espionnage et de l’histoire militaire dans l’Antiquité ses spécialités . Renseignement et espionnage dans la Rome antique, paru en anglais en 2005, est à la mesure de son savoir encyclopédique. Les références bibliographiques sont irréprochables, tant pour les sources qu’elle manie avec aisance, que pour les études contemporaines qu’elle connaît parfaitement. Les notes, précises et informées, ne couvrent pas moins de 95 pages. A sa manière, cette synthèse épuise le sujet pour longtemps.

Les activités diffuses du renseignement

Le titre original de l’ouvrage -Intelligence Activities in Ancient Rome  entretient avec le titre français une petite nuance qui tient dans le mot "Activities". Cette précaution de vocabulaire aurait dû être reproduite dans le titre français. Dans son sens précis, le concept de "renseignement" (Intelligence) repose sur une organisation institutionnelle qui adapte, sous une forme pratique et opérationnelle, les quatre piliers d’une activité cyclique : l’orientation générale, ou la demande de renseignement, qui suppose une saisine des opérateurs de renseignement par une autorité compétente ; la recherche, qui porte sur les techniques de collecte des informations cachées ; l’exploitation, qui consiste à filtrer dans la masse des éléments collectés ceux qui, remis en forme, répondent à la demande ; enfin la diffusion, qui est la technique de communication sélective et protégée. Il faut, à ses quatre fondements, ajouter la pratique du secret et de ses techniques (chiffrement, clandestinité) et les actions spéciales (intoxication, manipulation, action violente, etc.). Ce cycle fondateur donne au renseignement une définition non triviale. On la cherchera en vain dans l’ouvrage de Rose Mary Sheldon, même si l’historienne connaît bien l’idée de "cycle fondateur" (p.42). Elle préfère se référer à la présentation américaine  "Command, control, Communication and Intelligence" (p.20). Le biais qu’elle donne à son ouvrage est donc résolument militaire et relève davantage de l’art du commandement que de celui du renseignement.

C’est ce qui fait à la fois l’intérêt et la difficulté de ce livre paradoxal : son auteure défend l’idée qu’auraient existé à Rome une ou plusieurs formes de renseignement. Cette thèse se heurte cependant à une réalité contraire, qu’il n’est pas difficile de reconstituer puisque l’ouvrage fournit tous les éléments nécessaires pour s’en convaincre. Telle est la contradiction qui sert de fil directeur à ce grand travail et que l’auteur n’assume pas vraiment : Rome n’a pas connu le concept de renseignement, même si on trouve ici et là, au gré des chroniques, des formes incomplètes de cette activité.

Rose Mary Sheldon balaie l’histoire romaine des origines au règne de Dioclétien (284-305 ap. JC). Après deux chapitres consacrés aux premiers temps de la République et aux guerres puniques, l’auteure consacre cinq chapitres à la République tardive, puis d’Auguste à Dioclétien elle parcourt la période impériale en six chapitres. Le fil directeur de l’ensemble est l’étude des mauvaises décisions qu’elle interprète comme le signe d’une défaillance du renseignement ou comme l’inadéquate utilisation des renseignements disponibles. C’est la raison pour laquelle elle consacre plusieurs monographies à des campagnes désastreuses, celles de César en Bretagne, de Crassus contre les Parthes et de Varus contre les Germains. Ces expertises auraient naturellement trouvé toute leur place dans un ouvrage d’histoire militaire.

Titre du livre : Renseignement et espionnage dans la Rome antique
Auteur : Rose Mary Sheldon
Éditeur : Belles Lettres
Nom du traducteur : Alexandre Hasnaoui
Collection : Histoire
Date de publication : 18/11/09
N° ISBN : 2251381023
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2 commentaires

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PhR

26/03/10 22:47
En réponse au commentaire précédent.
Il est vrai qu’en un ou deux endroits Mary Sheldon suggère que son ouvrage pourrait donner à méditer sur la pratique du renseignement moderne. Elle ne va plus loin, et ne dépasse jamais, à mon sens, les limites de l’acceptable, c’est à dire, comme vous le dites, l’anachronisme. Cet ouvrage est bien celui d’un historien professionnel qui respecte toutes les règles du métier. Il n’y a pas à le comparer à Wikipedia, et son sérieux le rend intéressant à discuter. J’ai voulu indiquer dans ma chronique que M. Sheldon se laisse emporter par son sujet, comme il est arrivé à d’autres historiens, et que son travail étant excellent sur le fond, elle laisse prospérer tout au long de l’ouvrage une contradiction qui gêne le lecteur. Pour résumer un peu vite, elle soutient l’existence de renseignement alors que son texte suggère le contraire. Il s’agit plus d’un défaut méthodologique que d’un biais idéologique, que je n’ai trouvé nulle part.
Quant à savoir, comme vous le demandez, ce que ce livre apporte au renseignement moderne, la réponse me paraît être la suivante : la même chose que les ouvrages sur la médecine grecque apportent à médecine moderne, ceux sur la poésie latine à la poésie moderne, etc. Soit rien, soit beaucoup, c’est selon le goût de chacun. Mais je crois que la discipline historique n’est pas faite pour répondre à cette question.
Merci pour vos remarques / l’auteur de l’article.
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MM

26/03/10 14:52
Est-ce à croire que la recherche qui soutient ce livre est anachronique ? Ou bien que commander un ouvrage de renseignement conduit trop souvent à se renseigner sur une commande spéciale ? Américaine de surcroît ?

Quel est le vrai but de l'ouvrage ? Etudier du point de vue historique le renseignement à l'époque romaine (hocus pocus) ou bien importer les techniques romaines de renseignement (place des chroniques dans le livre) voire critiquer le modèle impérial romain en l'espèce (urbi et orbi) ?

Est-ce un livre américano-romain plus qu'historien sur le renseignement, et par dérive, un très bon livre de commande mais pas un vrai livre d'historien ?

Une manière de se demander si le secret des Dieux n'est pas le secret de polichinelle qui tient ce livre... entre deux portes : celle du savoir-faire romain et du faire-savoir américain de Rose Mary Sheldon. C'est ce que sous-entend la critique (p.20).

C'est à dire qu'elle plaque des concepts contemporains américains sur une époque impériale romaine sans retrouver l'équivalent des modèles, des modalités et des modes de renseignement romain, pour nous prouver que déjà, les romains disposaient d'un savoir-faire en la matière ? Lequel ?

Et surtout, comment ? C'est une ombre au livre ou un ombrage à la critique, de ne faire sa part de lumière sur cette question centrale : qu'apporte le livre au renseignement militaire contemporain ? Un angle romain ? Ou une version américanisée du sujet ?

Est-ce que le livre prête à confusion sur ce que les romains savaient faire en matière de renseignement ? Ou encore, est-ce que le livre est trop limité par le manque préliminaire, de définition des sources limitées et liées à une culture orale, aux sources perdues ?

Si le sujet semble passionnant, je me demande où se situe la valeur ajoutée de l'ouvrage, face à une relecture des batailles romaines sur wikipédia, où à une bonne étude des rôles militaires romains. Notamment dans leur lien avec la vie civile et religieuse, politique et citoyenne.

A bon lecteur, salut :-)

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