On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Une femme engagée
Le genre biographique n’a pas fini de susciter des réticences, malgré le ralliement qu’y ont opéré des historiens français aussi différents que Jacques Le Goff ou Alain Corbin. La discussion porte moins sur les ouvrages consacrés à des figures méconnues qu’aux pavés, souvent vendeurs, où l’existence d’un "grand homme" est narrée par le menu. L’hagiographie menace souvent les écrits de réhabilitation : il est tentant, après avoir exhumé du passé une personnalité injustement oubliée, de l’installer sur un socle archétypal ou héroïque. Florys Castan Vicente, qui a consacré un mémoire de recherche à Marie-Thérèse Eyquem (1913-1978) sous la direction de Michel Dreyfus, a su éviter ce travers. Si sa biographie, qui a reçu le prix Jean Maitron en 2008, n’épuise pas le sujet, ni n’aborde avec la même attention les différents aspects d’une vie très riche, elle retrace avec beaucoup de finesse le parcours d’une femme passée des patronages catholiques aux plaidoyers pour la contraception.
Le sport féminin comme premier combat
Le combat en faveur du sport féminin occupe une grande part dans l’existence de Marie-Thérèse Eyquem. Issue des classes moyennes, cette jeune fille du Sud-Ouest échappe à un destin anonyme par la pratique du sport. Coursière, dactylographe, comptable, employée, elle accumule les expériences professionnelles ainsi que les cours du soir en langues vivantes et en lettres classiques de 14 à 24 ans, sans cesser de pratiquer une activité physique dans le cadre des sociétés de sport féminin catholique. Son entrée dans l’âge adulte a donc tout d’une triple émancipation : par le travail, par la connaissance, par le sport enfin.
Le XIXème s’était d’abord défié du projet d’ouvrir les stades au sexe "faible". La réserve et l’innocence prêtées aux jeunes filles s’accommoderaient mal, croyait-on, de la loi de l’effort ; la crainte d’un monde à l’envers où des femmes musclées en remontreraient aux hommes suffisait à dissuader les plus hardis des admirateurs de Sparte . La pratique de la bicyclette par les femmes ne fut-elle pas un temps accusée de préparer l’avènement d’un "troisième sexe " » ? La défaite de 1870-1871 marqua une forme de rupture en l’espèce. Au souci de former des hommes sains et robustes en créant des sociétés de gymnastique répondit celui de préparer le corps des femmes à la maternité. "Rebronzer la race", tel devait être le but du sport, qui ne serait plus exclusivement masculin. Dès 1900, des femmes participèrent aux Jeux Olympiques, au grand dam de Pierre de Coubertin. Les années 1920 et 1930 permirent au sport féminin d’échapper à l’horizon de la maternité. A mesure que l’idéal du corps féminin évoluait vers une silhouette plus ferme, le sport féminin connaissait une diffusion plus large. La popularité d’une sportive comme Suzanne Lenglen n’y entrait pas pour rien, mais cette évolution se produisit surtout sous l’influence d’un modèle féminin issu des Etats-Unis. C’est à cette époque donc que Marie-Thérèse Eyquem se mit au service du sport féminin. Monitrice à 17 ans, elle devint peu après secrétaire du Rayon sportif français, devenu Fédération catholique d’éducation physique féminine en 1937. Après avoir réussi le concours de rédactrice de la fonction publique, elle intégra l’Administration française en 1939.
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