On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En contrepoint, Brigitte et José-Luis Diaz proposent une étude très approfondie sur l’expansion de l’intime au XIXe siècle, sa prescription, son “âge d’or”, dans le double champ d’extension du moi et de la communication. Ils recensent les très nombreux produits éditoriaux qui paraissent au cours du siècle, qu’ils soient des sortes de métadiscours de l’intime ou des journaux ou des correspondances, difficiles à distinguer d’un point de vue générique mais proches parce que portés par le “même élan narratif”, assurant ainsi un lien entre le biographique et la correspondance. Ils font référence à de très nombreux écrivains parmi lesquels Chateaubriand, Stendhal, Constant, Marceline Desbordes-Valmore, Barbey d’Aurevilly, Sainte-Beuve, pour n’en citer que quelques-uns. Les écrits de l’intime se multiplient avec pour leurs auteurs le bénéfice sans doute espéré d’opérer une sorte de “maïeutique” du moi ou d’en faire une psychopathologie, une mystique ou encore une jouissance comme pour le jeune Henri Beyle dans sa correspondance avec sa sœur. Ils s’y autorisent car le moi n’est plus vecteur de culpabilité comme chez les proscrits de la Révolution mais, débarrassé des artifices sociaux, dans la vérité de son être et en cela porteur de toute l’expérience humaine.
Ce volume ne manquera pas d’être utile aux chercheurs et à tous ceux qui, par goût ou par intérêt personnel, s’interrogent sur cette question difficile de la compréhension de l’intime, question qui n’est pas résolue ici et qui, au demeurant, n’a pas cherché à l’être mais ouvre sur de multiples problématiques d’écriture. On peut toutefois regretter qu’une place n’ait pas été faite à des ouvrages qui ont marqué le XXe siècle et marquent encore notre siècle naissant tels que les écrits autobiographiques de Beauvoir ou les écrits de Pascal Quignard, qui, certes, ne portent pas l’estampille de l’intime de la confession ou du journal intime mais disent l’intime dans des formes tout à fait nouvelles![]()
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