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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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"Georges Boris, vie exemplaire"
[jeudi 11 mars 2010 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Georges Boris. Trente ans d’influence. Blum, de Gaulle, Mendès
Jean-Louis Crémieux-Brilhac
Éditeur : Gallimard
460 pages / 23,75 € sur
Résumé : Portrait d’un conseiller qui sut choisir ses princes : Blum, de Gaulle et Mendès France.
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C’est l’histoire d’un homme qui a fort peu failli. Tour à tour fondateur (en 1927) et animateur du journal de gauche La Lumière, redresseur de torts au milieu d’une presse déchaînée et trop souvent vénale dans les années 1930, conseiller de Léon Blum et à ses côtés dans le deuxième épisode gouvernemental du printemps 1938, Français libre de la première heure (il se rallie à de Gaulle le 19 juin 1940) et pièce essentielle du dispositif gaulliste à Londres de 1940 à 1944; enfin, compagnon fidèle de son cadet de 20 ans, Pierre Mendès France, qu’il suit jour après jour durant les 7 mois de l’expérience au pouvoir en 1954-1955. L’itinéraire impressionne. L’homme aussi, tel que nous le peint Jean-Louis Crémieux-Brilhac, avec le talent de l’historien rehaussé par l’empathie de l’amitié : droiture morale, sens des responsabilités mais mépris du pouvoir, courage de l’opposition, hardiesse des solutions, non-conformisme foncier, audace de brusquer l’Histoire (comme dans l’étonnant épisode où il fait annoncer la libération de Paris sur les ondes de la BBC le 23 août 1944, deux jours avant que le dernier blindé allemand ait quitté la capitale : canular génial…), haine tenace des injustices quelles qu’elles soient, ce qui l’a souvent fait passer pour un "rouge". Ce n’est ni un rebelle ni un dandy, mais un homme plutôt réservé qui s’épanouit dans l’ombre des pur-sang de l’action. Il eut la chance, durant une vie bien remplie, d’en trouver trois à la mesure de ses ambitions.

Des "éminences grises" en histoire

Pourquoi sortir de l’incognito ce personnage, en effet, négligé par la postérité ? Sans doute peut-on pressentir le goût de Jean-Louis Crémieux-Brilhac pour ceux qui ont fait l’Histoire mais n’en ont pas tiré les profits, comme en atteste le beau portrait d’un autre inconnu, Jacques Bingen, délégué par Londres auprès de la Résistance après l’arrestation de Jean Moulin, un homme sensible, charmeur, artiste ("Bingen, c’était Swann" dixit Daniel Cordier) "au centre de tout" à Paris, et de toutes les difficultés entre décembre 1943 et avril 1944, qui saura recoller les morceaux d’un CNR divisé, avant de mourir héroïquement, une fois sa pilule de cyanure avalée. Mais plus profondément, deux enjeux essentiels apparaissent à la lecture de cette biographie. Tout d’abord, il s’agit de creuser la figure de l’éminence grise, du conseiller du prince, donner une profondeur historique à un thème classique de la science politique : celui des entourages politiques, leur rôle, leur statut, leur composition, leur efficacité… Avec le portrait de Georges Boris, Jean-Louis Crémieux-Brilhac nous donne une vivante anthropologie de "l’homme d’influence" dans l’univers démocratique. Le renouveau complet du type d’équipe rassemblé par Boris autour de Mendès est tout à fait frappant pour désigner l’avènement d’une politique moderne : Simon Nora, Stéphane Hessel, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Saint-Geours, Jean-Marie Soutou, tout un aréopage brillant de jeunes gens issus de la presse, du Plan, de la toute récente ENA, combinant l’ardeur au travail et la volonté rénovatrice, une élite pré-technocratique encore dirigée par les promesses de la Résistance et la mémoire du désastre. Pas encore un "think-tank", mais déjà plus qu’un cabinet radical-socialiste classique.

Titre du livre : Georges Boris. Trente ans d’influence. Blum, de Gaulle, Mendès
Auteur : Jean-Louis Crémieux-Brilhac
Éditeur : Gallimard
Collection : La suite des temps
Date de publication : 28/01/10
N° ISBN : 2070127621
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