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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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L'histoire de la Marine, revue et corrigée
[mercredi 10 mars 2010 - 14:00]
Histoire
Couverture ouvrage
La Marine de Vichy. Blocus et collaboration, juin 1940-novembre 1942
Bernard Costagliola
Éditeur : Tallandier
433 pages / 23,75 € sur
Résumé : Un travail qui fera date, car il torpille définitivement la thèse d’un accord de fait entre les Britanniques et la Marine de Vichy.
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Il est d’usage, lorsqu’on étudie la Marine de Vichy, d’insister sur cette "marée bleue"  qui se serait abattue sur la France au lendemain de la défaite de juin 1940 : beaucoup de contemporains eurent alors le sentiment que les allées du pouvoir –et ses coulisses- se peuplaient d’officiers de la "Royale". Le général Weygand ne fit-il pas observer avec amertume que, si les deux tiers de la France étaient occupés par l’ennemi, le dernier tiers l’était par la marine ?

Cet ouvrage, version publiée et enrichie d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Paris IV-Sorbonne , n’est pas consacré à la place des marins à Vichy ; il propose une approche différente, et particulièrement féconde, de l’histoire de la "Royale" entre 1940 et 1944. Il se concentre en effet sur le rôle qu’elle joua dans le maintien d’un courant maritime entre la France et ses colonies face au blocus exercé par la Royal Navy. La question peut paraître de prime abord périphérique. Pourtant, à travers cette étude d’une grande rigueur, Bernard Costagliola apporte une nouvelle preuve de l’inanité de la thèse du double jeu de Vichy. Il démontre que le prétendu "accord de fait" avec Londres, avancé par certains auteurs, ne repose sur aucun élément tangible et procède seulement de la volonté de réhabiliter la politique étrangère du maréchal Pétain

La mise en place du "blocus"

En 1940, l’économie française dépendait très largement des importations issues de l’Empire et de l’étranger. La régularité des liaisons maritimes assurant ces flux était indispensable au pays. Leur interruption à la suite de la défaite fit donc peser une menace sérieuse sur son ravitaillement. L’une des premières missions des représentants français auprès des Commissions d’armistice allemande et italienne fut dès lors de permettre la relance du trafic commercial vers la métropole.

Si la Commission italienne d’armistice autorisa la reprise des liaisons maritimes méditerranéennes dès le 29 juin, les négociations furent plus délicates avec les autorités allemandes. A Wiesbaden, les Français se heurtaient au chef de la délégation économique du Reich, le docteur Johannes Hemmen, qui subordonnait les premiers mouvements de navires de commerce à l’octroi à l’Allemagne d’une partie de leurs cargaisons. La relance des liaisons maritimes ne fut obtenue que le 5 septembre. Cet accord n’évoquait pas en tant que telle la cession de denrées importées, mais l’Allemagne exigeait de Vichy un "loyer". Son non-versement éventuel ferait peser la menace d’une suspension des autorisations. La vente de produits coloniaux au Reich contribua ainsi à financer le paiement des frais d’occupation et fut donc le premier pas vers la collaboration économique. De plus, face au risque de dissidence de l’Empire, un bon moyen de lutter contre l’influence gaulliste n’était-il pas pour Vichy d’essayer de relancer l’économie le plus rapidement possible ? À la veille du débarquement américain en Afrique du Nord en novembre 1942, l’Axe avait ainsi profité d’une tonne de produits coloniaux sur six transportée par la marine marchande française.

La reprise des liaisons maritimes françaises fut suivie avec attention de l’autre côté de la Manche. La Grande-Bretagne était convaincue qu’in fine, l’Allemagne tirerait profit des produits livrés par la marine marchande de Vichy. Le 31 juillet 1940, les Français apprirent donc la mise sous blocus de la métropole et de l’Afrique du Nord, assimilés à des territoires sous contrôle ennemi. Les Britanniques espéraient asphyxier l’économie de l’Empire et ainsi le pousser dans les bras du général de Gaulle, selon la formule très churchillienne : "Join de Gaulle or starve" ("Ralliez de Gaulle ou mourrez de faim"). Si Londres mania le bâton face à Vichy, Washington préféra la carotte. Les États-Unis considéraient qu’il fallait favoriser toutes les velléités de résistance de Vichy à l’égard des exigences du Reich. Les Américains pensaient que la distribution de denrées alimentaires et de médicaments à la France pourrait encourager Pétain à maintenir une stricte neutralité. Les livraisons des États-Unis vers la France constituent ainsi une bonne illustration de la tortueuse politique française du président Roosevelt.

Titre du livre : La Marine de Vichy. Blocus et collaboration, juin 1940-novembre 1942
Auteur : Bernard Costagliola
Éditeur : Tallandier
Date de publication : 05/11/09
N° ISBN : 2847346309
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1 commentaire

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François Delpla

21/03/10 12:17
une critique ponctuelle : Costagliola a tort d'affirmer (p. 49) que
Churchill a « trompé le cabinet de guerre » dans les jours précédant
Mers el-Kébir pour l'inciter à approuver cette action. Il le fait sans
aucun biscuit archivistique, donnant comme référence unique un livre
anglais non fiable.

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