Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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« N’oublie jamais, lorsque tout va bien, que rien n’oblige à ce qu’il en soit ainsi. » Gottfried Keller, une des citations favorites de Wittgenstein.
La correspondance entre Wittgenstein et Paul Engelmann est un document de première importance sur la naissance de la philosophie de Wittgenstein, mais aussi sur la mort de la Mittel-Europa. La période de la Grande Guerre est en effet un tournant décisif pour Wittgenstein, en même temps que le tombeau de l’Empire austro-hongrois. Comme l’a remarqué Brian McGuinness, on peut dire que de 1914 à l’Anschluss, la vie personnelle de Wittgenstein reflète dans une certaine mesure les événements qui se déroulaient en Autriche. En 1914, Wittgenstein a 25 ans, il a eu le temps de passer d’une carrière d’ingénieur à l’étude des fondements des mathématiques et de la philosophie, de rencontrer Russell et Moore, de les éblouir par ses découvertes logiques « vraiment étonnantes », puis de se brouiller avec eux et de quitter Cambridge pour se retirer en Norvège. La guerre éclate alors qu’il est à Vienne, notamment pour régler la distribution — anonyme — de son héritage à des artistes et écrivains (le père de Wittgenstein, mort en 1913, avait bâti une des premières fortunes d’Autriche) et il s’engage immédiatement comme simple soldat. En 1916, il quitte le front oriental, envoyé par l’armée à Olmütz, au nord de la Moravie, pour y suivre une formation d’officier d’artillerie. Il y rencontre Paul Engelmann (1891-1965), un jeune architecte, élève d’Adolf Loos, que Wittgenstein avait connu en 1914 (Loos a été l’un des bénéficiaires de l’héritage avec, notamment, Rilke, Trakl et Kokoschka). Outre les lettres échangées par Wittgenstein et Engelmann de 1916 à 1937 , le livre, publié en allemand en 2006, comprend les « Souvenirs de Wittgenstein » d’Engelmann, et divers documents du fonds Engelmann, conservé à Tel-Aviv, où Engelmann avait émigré en 1937.
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Céline