Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Pendant l’hiver 1938-1939, Martin Heidegger tint un cours. Alors que la vie quotidienne annonçait la guerre, le professeur de philosophie, penseur de la quotidienneté, choisit de faire son séminaire. L’ouvrage traduit par Alain Boutot, parfois répétitif, répétitif comme un cours au final doit l’être, et à la rédaction souvent sommaire, n’en est pas moins consistant. Une date peut-elle parler dans le et du chemin de la pensée? Selon Heidegger, il faut tenir ensemble que les éléments biographiques ne peuvent pas expliquer la pensée et que toute philosophie digne de ce nom, et non seulement une considération isolée, est intempestive, c’est-à-dire parle et ne parle pas à son temps. Dans l’imminence du conflit, c’est-à-dire de la violence de l’Histoire qui va se faire, Heidegger s’interroge sur De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie de Nietzsche pour introduire plus généralement à sa philosophie ainsi qu’à la pensée elle-même. Que fallait-il dire et faire alors? Heidegger a voulu penser. Reste à savoir comment se disait en ce temps angoisse en allemand. Si l’on veut sentir le soufre, assurément on le sentira. On peut aussi choisir de lire un cours sur Nietzsche.
L’oubli et la vénération
Nietzche, dans cette considération, distingue trois espèces d’histoire: la monumentale, l’antiquaire et la critique, marquant trois rapports au passé selon que le vivant est respectivement “puissant et actif”, “l’être qui conserve et vénère” ou “l’être qui souffre” . A cette tripartition, Heidegger consacre de longs développements et s’efforce d’en montrer les forces et les insuffisances sans donc, et pour cause, faire oeuvre d’historien de la philosophie. Le cours peut sembler à ce titre une vaste réécriture du passage du paragraphe 76 de Sein und Zeit où il s’agissait de découvrir ce qui manquait à cette triplicité, à savoir sa “nécessité” et le “fondement” de l’unité de ces trois espèces d’histoire. Heidegger corrige Nietzsche qui a oublié la distinction entre Historie et Geschichte, les deux termes allemands pour histoire selon que l’on vise le devenir historique ou le savoir que l’on peut en retirer. L’historialité (Geschichtlichkeit) du Dasein est au principe de l’histoire (Historie). Dans quelle histoire entendre Nietzsche ou Heidegger? Il y a une vénération qui marque “le danger de chercher simplement protection et refuge” . Le cours est aussi une méditation de l’oubli. Que garder du passé? Et Heidegger de distinguer oubli passif et oubli volontaire. Oublier Heidegger? En Allemagne plus qu’en France, on l’oublie. Qu’on l’oublie ou non, qui saura le sens d’être de l’oubli ou de la remémoration? En lisant le cours, on peut se demander si l’on avance dans l’interprétation de Nietzsche ou de Heidegger l’interprétant. Quoi qu’il en soit, dans l’histoire des interprétations de Nietzsche, Heidegger voulait marquer une date et le changement possible de l’écoute.
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