Une interprétation intempestive ?
[vendredi 05 mars 2010 - 14:00]
Comment comprendre Nietzsche?
Heidegger n’entend pas l’entendre comme le philosophe procurant une ivresse facile et permettant de “tout mettre sens dessus dessous”
. C’est ainsi aussi qu’il se défend contre la politisation facile des thèses de
Sein und Zeit . Le Nietzsche de Heidegger est “celui qui accomplit la métaphysique occidentale”
: il est “une fin et une transition qui marque un terme mais aucunement un commencement”
. Toutefois, toute philosophie n’est-elle pas la fin de l’histoire qu’y a mené? Pour Heidegger, le refus de Descartes par Nietzsche ne fait que remplacer le
cogito par le
vivo et reste dans son sillage quand bien même il le refuse. Pour n’avoir pas posé radicalement la question de l’être, Nietzsche reste dans la métaphysique. De plus, son concept de vie est équivoque, ne distinguant pas s’il s’agit de “l’étant en entier” ou de la “vie humaine”. Heidegger interroge également longuement la caractérisation nietzschéenne de l’homme comme animal “non encore fixé” et s’efforce de faire ressortir les décisions philosophiques de Nietzsche. C’est ainsi par exemple que Nietzsche ne pose pas la question de savoir “si un épervier traverse de part en part l’espace
en tant qu’espace”
et privilégie le rapport de l’animal et de l’homme au temps pour les démarquer. Comment rendre justice au passé dans la pensée? Deleuze manifeste, lui, le sens de la grande vie et le refus de l’histoire par le devenir. Ricoeur, dans
L’histoire, la mémoire et l’oubli, dans son souci constant de la plus grande exhaustivité possible, trouve à la pensée nietzschéenne une autre place. Il ne s’agit pas de conduire par ces renvois à un relativisme mais de manifester qu’il en va de la responsabilité dans la pensée. A quoi répondre et faire répondre?
Histoire et folie
N’y a-t-il histoire que de la folie? Les gens raisonnables n’ont pas d’histoire. Est-ce réfuter Nietzsche que de signifier son effondrement final ou Hölderlin en rappelant ses trente-sept années de reclusion chez un menuisier? Le grand résistant René Char qui sut être ami au Thor avec Heidegger, à moins que le Thor ne soit un tort, ou alors qu’on ne sache pas évaluer le sens des amitiés, René Char donc qui en savait un bout sur l’histoire qui se fait, découvre, alors qu’il recherchait où se pose la base et jusqu’où pointe le sommet, dans la dédicace de son recueil au titre presqu’éponyme, l’impossibilité de la folie dans l’aliénation généralisée: “On ne peut pas devenir fou dans une époque forcenée bien qu’on puisse être brûlée vif par un feu dont on est l’égal.”
Il n’y a pas à être heideggerien ou nietzschéen pour lire Heidegger ou Nietzsche. Pour quelle histoire et/ou quelle vie les lire? On n’entre pas dans un auteur comme dans une religion
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