On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Des symboles païens ou gréco-romains christianisés
L’iconographie chrétienne se plaît aussi parfois à détourner certaines figures liées à la culture gréco-romaine pour les assimiler à la geste chrétienne : le combat d’Hercule contre l’Hydre devient ainsi le symbole du Christ, vainqueur de Satan sur une peinture murale de l’hypogée de la via Latina à Rome ; Orphée, charmant les animaux de sa musique, en vient à évoquer le Bon Pasteur chrétien et la descente dans l’Hadès ne pouvait que favoriser un rapprochement avec la descente du Christ dans l’Hadès pour y faire remonter Adam et tous les justes. Comment ne pas citer également l’exemple très connu d’un symbole païen détourné au profit de la symbolique chrétienne : celui du culte de Mithra (culte du Soleil invaincu) qui deviendra dès le IVème siècle le symbole du Christ illuminé associé à la fête du 25 décembre ?
La dimension culturelle du christianisme
Le présent ouvrage, par-delà les approches confessionnelles qui brouillent parfois les lignes théologiques, souligne la forte dimension culturelle du christianisme à travers l’étude de l’iconographie paléochrétienne. En privilégiant l’art funéraire des premiers siècles et en confrontant les illustrations aux citations bibliques, l’auteur entend montrer combien la symbolique biblique imprègne la culture des premiers chrétiens. Ceux-ci, dans la représentation de symboles artistiques, ont en fait constamment cherché à donner une interprétation christologique des textes vétérotestamentaires. A ce sujet, il est intéressant de voir comment un concile - celui de 691 à Constantinople en l’occurrence - soulignant l’importance de l’Incarnation christique et "stipulant que la représentation symbolique du Christ sous la forme d’un agneau doit être remplacée par une figuration à forme humaine", ouvre une nouvelle ère artistique en autorisant les représentations anthropomorphiques du Christ. En réalité, c’est bien la thématique religieuse qui nourrit, en ces premiers siècles, l’art sous toutes ses formes. La table des illustrations, très précise, ainsi que l’index des symboles, révèlent à eux seuls la diversité des formes artistiques à l’œuvre dans cette période. La somme iconographique proposée par ce livre de synthèse, d’une grande richesse et d’une grande beauté formelle, constitue ainsi véritablement le creuset à partir duquel se dessineront l’orientation artistique des siècles à venir, les prémices de ce que l’on appelle traditionnellement la civilisation judéo-chrétienne. Aussi ce très beau livre d’art peut-il être considéré comme une élégante introduction à l’histoire culturelle de l’Europe![]()
2 commentaires
S.Briand
Merci de votre remarque très intéressante qui pose le problème de l'éventuelle absence d'objectivité chez l'auteur (il est vrai à la fois prêtre et universitaire) concernant la façon dont il présente et considère les symboles chrétiens. Ceux-ci sont en effet envisagés dans la continuité des textes vétérotestamentaires mais, contrairement au traitement du thème du Verus Israël par les Pères de l'Eglise (notamment Justin), Baudry n'affirme pas, me semble-t-il, la préséance d'une symbolique sur une autre : il met simplement en perspective le lien entre les deux cultures. De ce point de vue, l'ouvrage me paraît intéressant en ce qu'il souligne la dimension "vorace" de toute culture naissante qui cherche à s'imposer en détournant à son profit les symboles, quels qu'ils soient. Aussi ce livre, en montrant ce que la symbolique chrétienne doit au judaïsme, nous invite-t-il peut-être à changer de perspective pour lire le Nouveau Testament à partir de ce que l'on appelle en terminologie chrétienne l'Ancien. Trop souvent en effet, et c'est le cas bien évidemment des évangélistes et de Paul mais aussi parfois de certains exégètes chrétiens, l'Ancien Testament est lu à partir du Nouveau comme s'il s'agissait pour le coup de marquer la préséance du second sur le premier. A contrario, l'ouvrage de Baudry, en marquant la forte dépendance de la symbolique chrétienne à l'égard des textes vétérotestamentaires, tendrait plutôt, je crois, à faire de l'Ancien Testament la matrice nourricière à partir de laquelle essaime en grande partie la pensée chrétienne.
Armand
J'apprécie beaucoup vos articles car les thèmes sont rares et passionnants à la fois.
Cependant, j'ai un doute sur cette présentation "continuiste" des motifs artistiques: n'y aurait-il pas aussi un travail de "dépossession" sur le plan des arts et des symboles, similaire à la charge théologique du Verus Israel telle que nous la trouvons dans les textes de la période patristique ?
Merci