Histoire de l’art
Kandinsky. Le peintre de l'invisible
Olga Medvedkova
Éditeur : Gallimard
Mais de quel peuple est-il question ? Ici, la question se pose clairement lorsque sont mises en tensions les analyses
a posteriori des productions de Kandinsky. Le peuple occidental de 1920, portés par l’industrialisation et les classes ouvrières ? La conception deleuzienne livrée dans
L’Image-Temps où le peuple est un peuple en devenir, utopique, que l’artiste doit créer ? La double temporalité du peuple, présente et matérielle ou fantasmée et à venir reste une énigme toujours d’actualité, à une époque où les mouvances de l’art l’enferment dans une reconsidération nécessaire. Entre l’apparente remise en question actuelle des processus minimalistes du siècle dernier (traduite par un retour vers la peinture et l’investigation de la “matière créatrice” du dessin) se retrace le parcours d’un art qui, en cherchant la figure invisible et cachée sous l’impulsion de Kandinsky, vise à retrouver un lieu commun. Un temps où le peuple idéal et la spiritualité de l’œuvre ne font qu’un. L’accès à la spiritualité par l’art est alors induit par la nécessité de corriger ses rapports perceptifs au monde, d’appréhender avec un regard neuf la forme de l’image. Le spectateur est en quête du caché, de l’invisible, et pourra par ce processus de culture du regard accéder à un nouveau degré de connaissance.
L’accès à l’art prend une tournure nouvelle : l’avènement de l’“abstraction pédagogique” de Kandinsky est le signe de l’intuition d’une pensée nouvelle. L’art doit être accessible, non pas par la démagogie d’un objet immédiat (où le rapport n’induira aucune rupture, jouissance potentielle
) proposée par l’“esthétique relationnelle” de Bourriaud (la comparaison peut avoir l’air anachronique, mais l’actualité des questions de Kandinsky contredit ce principe). L’accès à l’art, pour Kandinsky, ne peut se faire que si le peuple (qu’on nommera finalement “peuple idéal” pour temporairement adhérer au principe deleuzien) est éduqué à voir le caché.
Dans son œuvre, Olga Medvedkova vient interroger ce principe d’invisible, de caché, de regard éduqué, au travers d’un format aux airs d’invitation à la découverte tout à fait innocent et inopiné. Le trait le plus fascinant de l’œuvre d’Olga Medvedkova tient alors en un principe essentiel : on invite le lecteur à découvrir, déplier, agir, éduquer son mode de lecture, pour appréhender un artiste qui véhiculait par sa création et par la quête de sa vie le même désir ardent.
Reste désormais à l’histoire de l’art, portée par ses remous et mouvances de résistance, à montrer ce que sera le peuple de l’art à venir
2 commentaires
Jérôme
jacquespeset
Bravo pour cette bonne idée qui fera peut-être connaître la mienne.