La République des princes
[mardi 02 mars 2010 - 05:00]
Essais politiques
La Caste des 500. Enquête sur les princes de la République
Yvan Stefanovitch
Éditeur : Jean-Claude Lattès
"La Caste a de beaux jours devant elle"
La conclusion de Y. Stefanovitch n’incite pas à l’optimisme : cette discrète "Caste" d’intouchables a en effet de beaux jours devant elle. Malgré sa médiatisation, voire sa "pipolisation", la "Caste" se serait repliée tant sur son népotisme que sur ses privilèges. Le journaliste avance qu’un regain de confiance des Français en leurs décideurs politiques passe, entre autre, par "la suppression du cumul des mandats et la disparition du système de la Caste"
. Cela suppose d’achever enfin la décentralisation : si nos collectivités locales disposaient de "réels pouvoirs politico-économiques, l’intérêt du double mandat tomberait de lui-même et la Caste imploserait". Hélas, la réforme territoriale qui se profile contribuerait à "institutionnaliser" le cumul des mandats en réduisant les recettes fiscales des collectivités locales par le biais de la suppression de la taxe professionnelle. Par ailleurs, on imagine mal une seconde "nuit du 4 août", au cours de laquelle la "Caste" se saborderait en vue de moraliser ses mœurs et de rationnaliser son fonctionnement.
Si l’enquête d’Yvan Stefanovitch est très recommandable, c’est parce qu’elle est somme toute sérieuse, même si des coquilles semblent s’être glissées dans les dernières pages. Cet ouvrage se fonde, en effet, sur nombre d’entretiens avec les principaux intéressés ainsi que sur les statistiques parlementaires, que l’on peut retrouver sans mal sur les sites de
l’Assemblée nationale et du
Sénat. Le fait que l'auteur ne verse en aucune façon dans les affres de l’antiparlementarisme ou d’une illusoire théorie du complot, puisqu’il appelle de ses vœux un véritable renouveau de la démocratie, est appréciable.
Il est, en revanche, regrettable que rien ne soit écrit sur le profil sociologique des membres de la "Caste" très homogène et peu représentatif des réalités de la société française. La thématique du difficile accès aux postes les plus en vue de notre système est sous-tendue par la question du renouvellement du personnel politique ainsi que par celle tout aussi cruciale de l’égalité des chances. La source du problème réside, en effet, dans la mortifère endogamie entre mandat politique et appartenance aux catégories socioprofessionnelles privilégiées. Espérons que ne demeure pas lettre morte l’atavique rêve républicain, et que s’établisse, enfin en France, comme le disait
Robespierre, un "ordre de choses (…) où l'ambition soit le désir de mériter la gloire et de servir la patrie; où les distinctions ne naissent que de l'égalité même; où le citoyen soit soumis au magistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice; où la patrie assure le bien-être de chaque individu et où chaque individu jouisse avec orgueil de la prospérité et de la gloire de la patrie; où toutes les âmes s'agrandissent de la communication continuelle des sentiments républicains, et par le besoin de mériter l'estime d'un grand peuple."
3 commentaires
flop
:-)
AF
Un peu de rigueur...