Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL

Les idées sur le Web

Bientôt de nouveaux résultats !

Les faces cachées d'une modernité
[samedi 27 février 2010 - 05:00]
Page  1  2 

* Tandis que des milliers d'agriculteurs ont manifesté leur colère hier au volant de leurs tracteurs dans les rues de Paris, nonfiction.fr vous propose de relire ce point de vue de François Purseigle- intialement publié à l'occasion du Salon de l'Agriculture- sur les défis qui se posent à l'agriculture française.

 

A l’occasion du Salon de l’Agriculture, il est bon de rappeler que la modernité agricole n'est pas seulement technologique. L'agriculture ne se résume pas aux débats sur les OGM, à la défense du "bon produit de chez nous" ou à la question des marchés agricoles. Les femmes et les hommes politiques, de gauche comme de droite, se pressant chaque année dans les travées "du salon" pour aller tâter les croupes de nos belles vaches l'oublient trop souvent. Les nouveaux défis à relever pour des agriculteurs français ne représentant plus que 3 % de la population active sont, plus que jamais, des défis sociaux et humains.


S'il y a une question moderne qui interroge tout à la fois les entreprises, les salariés, les organisations de l’agriculture et les agriculteurs, c'est bien celle de l'insertion sociale et professionnelle. Plusieurs raisons concourent à cet état de fait.
Nous sommes entrés aujourd'hui dans une période où émerge un patchwork d’entreprises définies par une fluidité de métiers et  une mixité de statuts. En ce sens, le secteur agricole apparaît comme l’un des laboratoires où naissent des formes innovantes de travail et où de nouveaux statuts sociaux et professionnels s’élaborent selon des modalités différentes d’hier. L'observation des mondes agricoles révèle l'établissement d'un "tuilage" de plus en plus grand entre les métiers et les statuts. Le temps partiel et le caractère saisonnier et temporaire de certaines activités agricoles ne sont plus uniquement synonymes de précarité ou de non qualification.
Même si les conditions de travail et de revenus sont disparates, le choix des métiers de l’agriculture conduit très souvent à l'acquisition d’un savoir-faire et d’un savoir-être. Et ceci rappelons-le, grâce aux spécificités d’un enseignement agricole qui lutte efficacement contre la spirale de l’échec. Gageons que cet enseignement de qualité puisse être préservé pour cette raison là notamment !


L’ensemble des catégories définissant le métier d’agriculteur peut faire l’objet de combinatoires résolument modernes : par exemple, le chef d’exploitation peut revêtir le statut de salarié de la société civile qu’il dirige, diversifier ses sources de revenus ou proposer des prestations de services. Peut être, plus que toute autre activité, l’agriculture permet un emboîtement des catégories professionnelles et une pluri appartenance choisie au sein de l’entreprise et du territoire.
Mais la modernité de l'insertion en agriculture ne tient pas qu’à cela. Les entreprises agricoles sont résolument tournées vers la mobilité sociale et professionnelle. Cette mobilité, relevant plus de l’initiative que de la contrainte, est liée tout à la fois à l'arrivée de personnes ayant déjà exercé une activité antérieure hors agriculture et à un nombre croissant de départs précoces. L'image d'Épinal du paysan naissant et mourrant sur une ferme repliée sur elle-même est bel et bien révolue ! L'agriculture est une activité qui peut se choisir en avançant dans l'âge, mais qui peut également se quitter précocement.
L’insertion en agriculture n’est plus une question de sexe, d’âge ou de filiation. L’identification au groupe des agriculteurs passe et passera de moins en moins par la naissance. Ces nouveaux venus d’ailleurs, qui participent à un nombre important d’installations, seront certainement parmi les piliers de l’entreprise agricole de demain si l’on accepte de faire évoluer les dispositifs d’aides à l’installation qui aujourd’hui normalisent plus qu’ils n’accompagnent !

Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

jeanpierre

01/05/10 15:11
Il existe encore des entraides réelles entre agriculteurs: pour l'achat, en commun de semences, de matériel aratoire, de tracteurs et pour la construction d'aires couvertes de stockage de produits pour la vente directe aux consommateurs des agglomérations tr ès peuplées. Et cela devient de plus plus important. Il est dommage que cette démarche de la vente hors des quatre centres d'achat de la grande distribution n'ait pas été favorisée beaucoup plus tôt. La course au gigantisme des exploitation pour la survie aurait empêché la disparition de nombre de fermes.
Avatar

titi

28/02/10 10:19
cela change des images d'Epinal sur le monde paysan et l'ordre immuable des choses.
Avatar

Rédaction@310349

27/02/10 15:15
Cher lecteur,

Merci pour ce commentaire. L'article est bel et bien signé par François Purseigle !
Avatar

310349

27/02/10 11:10
Un excellent article qui mériterait d'être publié dans la presse nationale et d'être signé !

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici