Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
* Tandis que des milliers d'agriculteurs ont manifesté leur colère hier au volant de leurs tracteurs dans les rues de Paris, nonfiction.fr vous propose de relire ce point de vue de François Purseigle- intialement publié à l'occasion du Salon de l'Agriculture- sur les défis qui se posent à l'agriculture française.
A l’occasion du Salon de l’Agriculture, il est bon de rappeler que la modernité agricole n'est pas seulement technologique. L'agriculture ne se résume pas aux débats sur les OGM, à la défense du "bon produit de chez nous" ou à la question des marchés agricoles. Les femmes et les hommes politiques, de gauche comme de droite, se pressant chaque année dans les travées "du salon" pour aller tâter les croupes de nos belles vaches l'oublient trop souvent. Les nouveaux défis à relever pour des agriculteurs français ne représentant plus que 3 % de la population active sont, plus que jamais, des défis sociaux et humains.
S'il y a une question moderne qui interroge tout à la fois les entreprises, les salariés, les organisations de l’agriculture et les agriculteurs, c'est bien celle de l'insertion sociale et professionnelle. Plusieurs raisons concourent à cet état de fait.
Nous sommes entrés aujourd'hui dans une période où émerge un patchwork d’entreprises définies par une fluidité de métiers et une mixité de statuts. En ce sens, le secteur agricole apparaît comme l’un des laboratoires où naissent des formes innovantes de travail et où de nouveaux statuts sociaux et professionnels s’élaborent selon des modalités différentes d’hier. L'observation des mondes agricoles révèle l'établissement d'un "tuilage" de plus en plus grand entre les métiers et les statuts. Le temps partiel et le caractère saisonnier et temporaire de certaines activités agricoles ne sont plus uniquement synonymes de précarité ou de non qualification.
Même si les conditions de travail et de revenus sont disparates, le choix des métiers de l’agriculture conduit très souvent à l'acquisition d’un savoir-faire et d’un savoir-être. Et ceci rappelons-le, grâce aux spécificités d’un enseignement agricole qui lutte efficacement contre la spirale de l’échec. Gageons que cet enseignement de qualité puisse être préservé pour cette raison là notamment !
L’ensemble des catégories définissant le métier d’agriculteur peut faire l’objet de combinatoires résolument modernes : par exemple, le chef d’exploitation peut revêtir le statut de salarié de la société civile qu’il dirige, diversifier ses sources de revenus ou proposer des prestations de services. Peut être, plus que toute autre activité, l’agriculture permet un emboîtement des catégories professionnelles et une pluri appartenance choisie au sein de l’entreprise et du territoire.
Mais la modernité de l'insertion en agriculture ne tient pas qu’à cela. Les entreprises agricoles sont résolument tournées vers la mobilité sociale et professionnelle. Cette mobilité, relevant plus de l’initiative que de la contrainte, est liée tout à la fois à l'arrivée de personnes ayant déjà exercé une activité antérieure hors agriculture et à un nombre croissant de départs précoces. L'image d'Épinal du paysan naissant et mourrant sur une ferme repliée sur elle-même est bel et bien révolue ! L'agriculture est une activité qui peut se choisir en avançant dans l'âge, mais qui peut également se quitter précocement.
L’insertion en agriculture n’est plus une question de sexe, d’âge ou de filiation. L’identification au groupe des agriculteurs passe et passera de moins en moins par la naissance. Ces nouveaux venus d’ailleurs, qui participent à un nombre important d’installations, seront certainement parmi les piliers de l’entreprise agricole de demain si l’on accepte de faire évoluer les dispositifs d’aides à l’installation qui aujourd’hui normalisent plus qu’ils n’accompagnent !
4 commentaires
jeanpierre
titi
Rédaction@310349
Merci pour ce commentaire. L'article est bel et bien signé par François Purseigle !
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