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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Marianne éducatrice
[samedi 27 février 2010 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les enfants de la République : L'intégration des jeunes de 1789 à nos jours
Ivan Jablonka
Éditeur : Seuil
348 pages / 20,9 € sur
Résumé : Un ouvrage significatif qui, tout en retraçant l’histoire des politiques sociales et éducatives de l’Etat à l’égard des figures complexes que sont les "jeunes", s’interroge sur le modèle républicain d’intégration et d’assimilation.
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L’ouvrage d’Ivan Jablonka conte une étonnante histoire, celle de ces personnages que l’on dit souvent sans histoires, oubliés de l’histoire ou indignes de faire partie des livres d’histoire, à savoir les enfants abandonnés, les vagabonds, les jeunes criminels ou les orphelins, selon une terminologie qui varie au fil du temps. Il s’agit de figures inquiétantes et dangereuses, parfois violentes, que la République a en quelque sorte pris en main et a voulu "éduquer" au sens fort du terme, comme s’il s’agissait d’un morceau de "cire malléable" pour reprendre l’expression de l’auteur. Le lecteur se trouve ainsi confronté à ces multiples identités, de l’enfant battu au voleur, du mineur abandonné à l’enfant naturel sans droits, comme ressuscités de l’oubli par l’historien, grâce à un lourd travail archivistique.

La figure du vaurien

L’auteur des Enfants de la République retrace ainsi l’histoire des politiques publiques élaborées par l’Etat à l’égard des mineurs de 1789 à nos jours. En outre, l’un des buts d’Ivan Jablonka est de montrer la filiation entre le jeune de banlieue actuel qui obsède notre société et ses médias, et les petits vagabonds du XIXe siècle qui peuplent les romans de Zola, d’Hugo ou d’Hector Malot, tentant de comprendre la continuité et les évolutions entre l’élan éducatif révolutionnaire que poursuivit la IIIème république et les actuels débats sur le modèle d’intégration à la française, par l’école et d’autres structures. En effet, comme le montre Ivan Jablonka, la République est mue depuis la fin du XVIIIe siècle, par une double dynamique, à la fois d’exclusion et d’intégration. Le modèle français d’intégration n’est donc pas né aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Pour se saisir de ces enfants sans famille, sans racines et sans origines, la République a du créer, durant trois siècles, une importante législation les définissant et les protégeant. L’Etat a donc extrait les mineurs de l’état d’anomie dans lesquels ils se trouvaient, pour leur donner un statut, présidant à la mise en place d’une vaste politique éducative, plus ou moins coercitive.

La démarche de l’auteur est donc chronologique et son histoire des jeunes commence lorsque naît la République, qui se doit de triompher de ses ennemis, l’Ancien Régime, la Royauté ou encore l’obscurantisme. Pour Robespierre et ses partisans, l’enfant qui est né dans le malheur, est paradoxalement une chance : il se révèle même un protagoniste à part entière de l’œuvre de renouvellement et de refondation de ces années. La politique éducative révolutionnaire est une métaphore de la dynamique qui meut les hommes de 1789 et de 1793 : il s’agit de créer pour mieux abolir. En donnant une chance aux vagabonds, aux bâtards, en fabriquant de petits citoyens qu’elle coupe de leurs passés malheureux et troublés, la Révolution rompt avec ce qu’elle considère être des siècles sombres, ceux que la Royauté a construits.

Eduquer ou exclure par la loi ?

Les Enfants de la République retrace donc les principales étapes du long cheminement juridique et législatif au cours duquel l’Etat dicte des codes et impose ses normes. L’auteur s’attarde longuement sur l’épisode révolutionnaire et son importance capitale. Pour les révolutionnaires de 1789 et de 1793, pétris des écrits des philosophes des Lumières et des réflexions sur l’éducation de Rousseau, l’enfance est en effet "l’antichambre de la citoyenneté"  , un moment clef où la Jeune République a le pouvoir de forger les bons citoyens qui défendront ses acquis par les armes. La Révolution définit et fabrique une première série de figures : le bâtard et le mineur. Peu de réalisations concrètes découlent des débats passionnés des membres de la Convention et ce sont davantage le Consulat et l’Empire qui élaboreront une véritable politique éducative pour les bâtards, les orphelins et les enfants naturels. Le lecteur trouvera ainsi dans l’ouvrage d’Ivan Jablonka d’intéressants passages, extrêmement bien documentés sur l’œuvre juridique et législative du Consulat et de l’Empire, concernant notamment les enfants naturels et leurs droits à l’héritage.

Titre du livre : Les enfants de la République : L'intégration des jeunes de 1789 à nos jours
Auteur : Ivan Jablonka
Éditeur : Seuil
Date de publication : 14/01/10
N° ISBN : 2020908174
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