On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet ouvrage fera date. Bien plus qu’une analyse quasi-exhaustive de la théorie libérale, il est, à l’évidence, un véritable traité de philosophie politique. Catherine Audard, dans une langue d’une totale simplicité, restitue l’originalité et la richesse d’une pensée trop souvent confondue avec ses caricatures contemporaines. On oublie fréquemment, en effet, que le libéralisme est une représentation intellectuelle, une vision du monde, ce qui le distingue radicalement du capitalisme qui constitue une réalité, une organisation économique. Cette précision, pourtant triviale, est importante car, dans la langue du français contemporain, le libéralisme évoque la globalisation marchande, le capitalisme prédateur ou encore le désengagement de l’État. C’est oublier que la philosophie libérale a promu une libération vis-à-vis des grandes souverainetés, l’État de la monarchie absolue et l’Église catholique. Sa naissance se confond avec l’essor du scepticisme, de la tolérance et, pour une part, du protestantisme.
Dans sa tradition, le libéralisme est une vision des valeurs et des institutions indispensables à la protection des libertés publiques et des droits individuels. Les conquêtes libérales portent en elles toute la modernité, du XVIe siècle à nos jours : autonomie de l’individu, distinction du public et du privé, liberté de conscience, liberté de presse et d’opinion, séparation des pouvoirs .
De tout cela et de bien d’autres choses, nous prenons l’utile mesure dans un livre dont l’auteur ne cherche jamais à dissimuler tensions ou contradictions nées d’une déjà longue histoire. Tensions, pour l’essentiel, produites par la confrontation du normatif et du réel et dont nous ne saurions percevoir la nature sans une constante référence aux contextes. Mais ce souci, jamais démenti chez C. Audard, ne doit pas nous éloigner de la nécessité de mettre en évidence le noyau constitutif d’idées et de valeurs qui donne sa cohérence au libéralisme. Dans cette perspective, les trois premiers chapitres sont consacrés à ses concepts clés, à ce qui est constitutif de son identité : la souveraineté de l’individu, la liberté des Modernes et l’État de droit.
2 commentaires
Alain Policar
Chitah
Ci-joint un commentaire du livre fait par un écrivain libéral, Alain Laurent : http://www.contrepoints.org/Une-reinvention-frauduleuse-du.html