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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Suez, un canal entre deux mondes
[mercredi 24 février 2010 - 18:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Histoire du Canal de Suez
Caroline Piquet
Éditeur : Perrin
368 pages / 22,8 € sur
Résumé : Porte ouverte vers l’Orient, le canal de Suez est un vieux rêve devenu réalité en 1869. Pendant un siècle et demi, il est au cœur de plusieurs transformations importantes, à toutes les échelles.
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Le livre de Caroline Piquet s’appuie sur des sources abondantes et variées : les archives de la compagnie du Canal de Suez, les archives diplomatiques françaises, britanniques, italiennes et égyptiennes mais aussi une importante documentation imprimée qui s’étend des débuts de l’exploitation du canal jusqu’aux années 2000.

Une histoire d’entreprise

Caroline Piquet raconte plusieurs histoires, dans différents domaines et à différentes échelles. Le livre est d’abord l’histoire d’une grande entreprise, la Compagnie générale du Canal de Suez, et celle de son fondateur, Ferdinand de Lesseps. Dans la deuxième moitié des années 1850, celui-ci a dû convaincre les autorités égyptiennes et ottomanes pour obtenir le droit de réaliser un projet qui avait été imaginé de longue date. Lesseps doit convaincre également des actionnaires pour fonder la compagnie qui exploitera le canal.

La composition du conseil d’administration de la compagnie fait l’objet de négociations. Si les Anglais parviennent à renforcer leur présence, en revanche, les Egyptiens restent longtemps absents de la direction de cette entreprise, qui reste avant tout européenne. Si l’auteur accorde une large place à Ferdinand de Lesseps, la principale personnalité liée au canal,  on pourra regretter l’absence de développements sur le personnel de direction et les ingénieurs de la compagnie. De même, la question du recrutement des cadres par l’Etat égyptien, lors de la nationalisation, n’est pas vraiment posée et le traitement réservé à l’organisme exploitant la voie d’eau reste assez impersonnel.

Le percement du canal lui-même soulève de nombreuses questions techniques inédites.  Il nécessite, en effet, des travaux de drainage et terrassement d’une ampleur inégalée jusqu’alors. On a d’abord recours à une main-d’œuvre égyptienne massive, recrutée par le système de la corvée. Ce système archaïque étant aboli grâce à l’intervention de Napoléon III, la compagnie est contrainte de mécaniser le chantier et d’investir dans des engins de dragage.  Le statut juridique du canal s’avère également exceptionnel. Concédé par l’empire ottoman, exploité par une compagnie française, il est internationalisé par la convention de Constantinople de 1888, eu égard à son importance stratégique. C’est en vertu de ce statut que l’exploitation du canal n’est pas arrêtée pendant la Première Guerre mondiale. Le transit par le canal, théâtre d’opérations militaires en Afrique du Nord, n’est pas non plus arrêté pendant la Seconde Guerre mondiale. Caroline Piquet montre que les échouages ou les accidents de navires qui entravent davantage la circulation dans le canal. Les accidents sont moins nombreux au cours du XXe siècle mais ils deviennent plus importants et nécessitent des opérations de déblaiement importantes.

Si, dans les toutes premières années, les résultats sont en-deçà des espérances, le canal s’avère assez vite une entreprise lucrative. Il pousse les armateurs à s’associer pour faire valoir leurs droits. Ferdinand de Lesseps inaugure alors, dans les années 1880, une politique visant à baisser les frais de passage pour les navires à mesure qu’augmente le dividende des actions, de manière à répartir les bénéfices entre armateurs et actionnaires. La compagnie investit les bénéfices réalisés dans d’autres participations, en vue de préparer sa reconversion, au terme de la concession. Sur ce sujet, là encore, l’auteure reste allusive. Elle détaille peu la stratégie de la compagnie, ni ne s’attarde sur les entreprises dans lesquelles la compagnie du canal de Suez investit.

Titre du livre : Histoire du Canal de Suez
Auteur : Caroline Piquet
Éditeur : Perrin
Collection : Pour l'histoire
Date de publication : 01/10/09
N° ISBN : 226202801X
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