On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Un anthropologue actif
L'anthropologue, situé dans un "terrain en soi mais terrain imbriqué dans d'autres terrains" , se doit dans son activité de "collaborer avec d'autres disciplines et composer avec les attentes et interprétations des acteurs de la santé" en vue d'une action compréhensive en retour sur ce cadre d'étude (la santé), c'est-à-dire sur l'existant. Cette action critique – d'analyse, de commentaire, de proposition - permet de "passer d'une observation distanciée, à celle d'une participation réfléchie" qui peut engendrer des modifications d'action, de comportement et de pratique. Encore faut-il que sa légitimé et son autorité soient reconnues et acceptées au moins depuis le départ. Pour l'auteur, "l'anthropologie est attendue pour venir agir, "sur le terrain", en descendant de son piédestal analytique mais, simultanément, son "autorité", sa légitimité pour le faire peuvent lui être contestées" , ce qui l'obligera à prendre une posture d'assurance et de négociation sur son implication. Il doit nécessairement s'éloigner de tout repli "sur ses certitudes disciplinaires et sur tout discours victimaire, autour de la figure de la discipline et du chercheur incompris"(ibid)). Le regard extérieur, intrusif, de l'anthropologue peut être source de remise en cause positive mais il peut aussi être perturbant, voire dérangeant, susceptible de modifier – un temps – des comportements, au point que certains assimilent "l'anthropologue à un espion auquel rien n'échappe, même les choses les plus insignifiantes" , les points les plus sensibles, les plus imparfaits, les distanciations entre les normes établies et les pratiques réelles, craignant les jugements sur les acteurs et les interventions observées.
On peut très bien accepter les règles du jeu à son début et les contester par la suite, à mesure que les recherches de terrain s'avancent. L'autonomie de l'anthropologue et de son dispositif (un terrain, un objet, des enquêtés) sont constamment sous tension et contrainte. Telle est la condition de la recherche-action.
Quelle anthropologie ?
Laurent Vidal a construit trois schémas types de pratiques anthropologiques.
Le premier voit l'action de l'anthropologue autonomiste (sans contraintes de commanditaires ou de sollicitations), isolationniste (avec son savoir, ses certitudes, son autorité) ou légitimiste (nostalgique ou adepte strict des pratiques canoniques) qui pose comme principes le "refus de s'inscrire dans la logique de la réponse à une demande émanant d'institutions de recherche ou d'appel d'offre; l'ancrage de sa légitimité dans la seule production de connaissance, à l'exclusion de toute intervention explicite sur les pratiques et situations existantes; la volonté de privilégier des recherches monodisciplinaires voire individuelles" . Cette position, encore en action dans les sciences sociales mais abandonnée dans les autres sciences (mathématiques, biologie, physique, écologie, etc.), sera très difficilement tenable pour l'anthropologue dans les années à venir, si ce n'est déjà le cas .
Le second type est dû à la pratique de l'anthropologue impliqué et partagé, dissout dans ce collectif multiple du nom d'interdisciplinarité. Il intervient comme référent anthropologue (académique), c'est-à-dire comme anthropologue expert ou anthropologue de projet de recherche, avec comme contraintes une autonomie relative – comme la "dépendance vis-à-vis de questions qui sont posées par d'autres" - et une obligation de restitution au(x) commanditaire(s) du projet de recherche. En répondant à une sollicitation extérieure, il envisage "une possibilité de transformation de l'existant analysé ou évalué, suite à son intervention en tant qu'expert" .
Enfin, le troisième et dernier type explore une position médiane, celle de l'anthropologue critique, pluraliste et ouvert, qui opte pour une voie "entre le refus de tous compromis (…) et la dissolution dans des démarches définies par d'autres disciplines" . Cette voie, qualifiée par Laurent Vidal de pédagogie critique, vise à renforcer "le socle épistémologique de la discipline, en se confrontant de façon renouvelée aux acteurs de la recherche et du social" .
C'est sur ce dernier exemple que Laurent Vidal place tous ses espoirs pour construire une place au soleil à l'anthropologie dans les recherches sur la santé![]()
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