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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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La restitution anthropologique
[dimanche 21 février 2010 - 19:00]
Ethnologie, Anthropologie
Couverture ouvrage
Faire de l'anthropologie. Santé, science et développement.
Laurent Vidal
Éditeur : La Découverte
296 pages / 24,70 € sur
Résumé : Un livre qui nous invite à repenser l'intégralité de la  pratique de terrain en anthropologie.  
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En proposant une série d'expériences anthropologiques au sein du champ de la santé, "dans les pays en développement" , sur la base du diptyque terrain/théorie et du dialogue interdisciplinaire, Laurent Vidal – anthropologue, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement - nous plonge dans son carnet de bord de praticien au milieu d'une masse d'objets, d'observations, d'acteurs, d'expériences, de réflexions, de constructions théoriques, de méthodes, d'histoires banales ou intimes, avec un souci permanent d'explication, souvent jusqu'au détail, qui rend cette lecture très agréable et instructive. Il donne au lecteur des clés essentielles pour comprendre et conduire un projet de recherche en anthropologie, tout en questionnant le statut scientifique et la place de l'anthropologie dans notre société.

Des objets et des hommes

L'anthropologie a pour principal objet compréhensif l' "autre", le différent, l'exotique, le plus ou moins lointain, en tout cas l'ailleurs, mais aussi le "même", l'identique, l'autochtone. D'où cette constatation empirique que "se pencher sur l'autre « proche » n'est pas faire oeuvre moins anthropologique que s'intéresser à l'autre « lointain », aux comportements et représentations du monde irréductibles aux siens propres"  . Ainsi Laurent Vidal nous amène à nous questionner sur la notion de distance, qui fait d'une culture ou d'autrui soit un "exotique" soit un "proche".

Si le métier d'anthropologue "consiste à écouter l'autre pour pouvoir comprendre ou agir" , ce qui constitue, reconnaissons-le, une démarche qu'il partage avec d'autres disciplines (sociologie, psychologie, etc.), il introduit des pratiques spécifiques qui en font à la fois son identité et sa reconnaissance. Dans cet ouvrage, le "coeur de l'étude anthropologique (…) est consacré à l'analyse des relations soignants/patients, par le biais d'entretiens et d'observations de terrain de longue durée dans des structures de santé"  où seront appliquées ces spécificités pratiques.

Un projet de recherche

Un projet de recherche n'est pas une démarche simple, évidente et sans complications, surtout dans une optique pluri ou inter disciplinaire. Avec des chercheurs provenant d'horizons très variés (ici en sciences sociales et médicales) l'objectif est de les faire travailler ensemble dans un même projet. Pour l'auteur, "les échanges entre chercheurs autour des travaux à mener sont aussi révélateurs d'appréciations parfois divergentes du projet dans son ensemble" .

Un projet de recherche implique un processus de relations complexes entre chercheurs et professionnels, de coopération, de négociation, de confrontation, de décision et souvent de tension quand ce n'est pas de clivage plus ou moins radical, que ce soit sur l'objet de la recherche, la délimitation de son champ, le choix des thèmes, l'identification des questions, l'accord sur les définitions, les objectifs et les enjeux, les contraintes inhérentes et inattendues, les multiples approches, le choix des méthodes et des pratiques, les lieux d'étude et d'enquête, les personnes impliquées à différents niveaux (techniciens, scientifiques, institutions, politiques, professionnels de la santé, malades, personnes enquêtées, etc.), le temps consacré à l'investigation, les compétences, la formation et la coordination des équipes, les conceptions de travail collectif, la distribution des rôles, la répartition des tâches, la capacité d'adaptation aux changements et aux imprévus, la collecte d'information de première ou seconde main, l'analyse et la restitution des faits et des données, l'opération d'écriture, de reformulation et vulgarisation, l'identification des besoins et des problèmes, l'accueil de l'expertise, le tout en vue d'une action d'information et de conseil où l'anthropologue s'engage à "provoquer des changements de comportements, que ce soit chez les malades ou chez les professionnels de santé" . Ces moments du projet de recherche sont intimement mêlés. Ils ne suivent pas d'une manière ferme et tranchée une chronologie d'action immuable. L'ajustement joue un grand rôle. Si des grandes lignes peuvent être tracées, la pratique et l'expérience montre qu' "il n'y a pas un temps de la discussion scientifique, un de l'organisation de l'équipe et un dernier du lancement effectif des enquêtes : le plus souvent, ces différents moments se mêlent et décomposent" .

Titre du livre : Faire de l'anthropologie. Santé, science et développement.
Auteur : Laurent Vidal
Éditeur : La Découverte
Collection : Terrains anthropologiques
Date de publication : 21/02/10
N° ISBN : 9782707158857
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