Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

La question de la justice sociale donne, à nouveau, lieu à des débats nourris. L’auteur y apporte avec cet ouvrage une contribution qui vise essentiellement à montrer les limites d’une conception entièrement axée sur l’égalité des chances. Une première conception de la justice sociale met l’accent sur l’égalité des places ou des positions sociales, explique-t-il. La seconde tient pour l’égalité des chances et elle a aujourd’hui très largement supplanté la première. À tort, montre l’auteur, qui plaide pour un renversement des priorités en faveur de celle-là, tout en proposant d’en renouveler profondément la mise en œuvre. Les quatre premiers chapitres sont consacrés à l’examen de ces deux modèles et de leur développement, cela dans trois domaines d’application différents, l’école, dont l’auteur est un spécialiste reconnu, la place des femmes et celles des minorités visibles, avec chaque fois une présentation des critiques qu’on peut leur adresser. L’argumentation est resserrée, parfois presque trop et le lecteur doit faire un effort pour en percevoir toutes les subtilités, comme c’est assez souvent le cas avec les essais lorsqu’ils adoptent un format aussi bref.
Sécuriser les places
La première conception a été portée essentiellement par le mouvement ouvrier et les partis de gauche. Et s’est concrétisée, en France, par la mise en place de la ‘société salariale’ décrite par Robert Castel, la reconnaissance de droits sociaux et le développement des services publics. Elle a davantage consisté à sécuriser les positions les plus exposées qu’à réduire les inégalités, même si elle a bien eu au final également cet effet. Cette conception s’est notamment illustrée dans l’école républicaine, comprise comme l’accès de tous à un même enseignement élémentaire, dans la promotion des femmes par le moyen des droits sociaux (même s’il les maintenait dans une position subordonnée) et dans l’accent mis sur le travail et le salariat (au détriment des questions nationales et culturelles) dans la manière de concevoir l’intégration des immigrants.
On peut adresser à cette conception une série de critiques, rappelle l'auteur. La première porte sur son caractère corporatiste que la baisse de la croissance laisse éclater au grand jour. Ainsi, si ce modèle protège bien ceux qui sont intégrés (quoique de manière stratifiée), il traite beaucoup plus mal ceux qui ne le sont pas. En outre, sous l’effet de la montée et de la persistance du chômage, le modèle de l’égalité de places perd en crédibilité et la perception des inégalités s’exacerbe. La protection des places, principalement assurée par l’État, est alors vue comme une conception qui minerait finalement la cohésion sociale. Pour illustrer, la massification scolaire s’est accompagnée d’une multiplication et hiérarchisation à l’infini des diplômes qui fonctionnent comme un appareil extrêmement sélectif qui recycle, plus ou moins subrepticement, les inégalités sociales. Quant aux femmes, “les rôles qui leur sont réservés dans la vie privée s’opposent à une véritable égalité des places au travail et dans l’espace public.” . De plus, le modèle d’intégration des immigrés à travers un parcours de travail a montré ses limites, et laisse désormais la place à la formation de minorités, en demande de reconnaissance de leur culture et religion, qui ne parviennent pas à entrer dans la société. Ces critiques ont toutes fait l’objet de travaux et d’essais nombreux ces dernières années.
4 commentaires
SELISTE
C EST LA JOURNEE DE LA FEMME
JM Soule
Sur le fond, il me parait peu efficace de penser en termes de substitution entre formes d'égalité : Tocqueville déjà définissait l'égalité comme l'égalité de droit, l'égalité des chances (méritocratie) et l'égalité des conditions matérielles, rapprochement des niveaux et modes de vie (égalité des places ici ?).
Cela peut être une référence salutaire.
Remplacer la méritocratie par l'égalité des places me parait par contre n'avoir aucun sens compte tenu des trois dimensions inséparables rappelées plus haut.
Qu'une facette l'emporte sur les autres est un problème, quelle que soit celle-ci, chances ou places.
Jean B @ Racilop
Racilop