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critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Dangereuses amoureuses
[samedi 20 février 2010 - 12:15]
Arts et Culture
Couverture ouvrage
Les femmes qui aiment sont dangereuses
Laure Adler, Elisa Lécosse
Éditeur : Flammarion
155 pages / 28,41 € sur
Résumé : Lire, écrire, aimer : une trilogie qui n’est pas sans risque ni quelque plaisir.
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Avec ce troisième volet des femmes dangereuses, nous voici, comme le dit La Fontaine, embarqués sur “la mer amoureuse”, puisque c’est bien d’amour qu’il s’agit. Et nous voilà embarqués, non pas avec n’importe qui : nous voyageons en excellente compagnie, avec la curieuse et gourmande Ève, avec la sanguinaire Médée, avec Circé l’ensorceleuse, la pâle Ophélie, Bethsabée la sensuelle, avec Inanna, déesse sumérienne de l’amour… Et en guise de maîtres à bord et de chefs de croisières : Élisa Lécosse et Laure Adler.

Cette dernière signe une belle introduction qui débute sur une citation d’Hiroshima mon amour : “Tu me tues, tu me fais du bien.” Le ton est donné. Laure Adler s’interroge alors sur la “violence du désir qui saisit les femmes lorsqu’elles tombent amoureuses” et insiste sur cette “chute”, cette déperdition de soi en même temps qu’un sentiment de se trouver enfin.


Mères et vierges ne sont pas celles que l’on croit…

Les hommes et les femmes : drôle d’affaire – non exclusive d’ailleurs. Les femmes sont parfois amoureuses d’autres femmes, nous y reviendrons. Tout d’abord, et pendant longtemps, les femmes se sont vues interdire le droit d’aimer par les hommes “qu’ils se nomment ecclésiastiques, aristocrates, hygiénistes, pseudo-spécialistes des humeurs féminines”. Le droit des femmes, résume Laure Adler : celui de pleurer, d’être confinées dans le rôle de la mater dolorosa.

Femme = mère pleureuse. Et si la mère, celle que tous les peintres de la Renaissance peignent et repeignent, pleurait d’être cantonnée à ce triste rôle de virginité. “Les vierges ne sont pas ce qu’on voulait nous faire croire”, glisse Laure Adler. Comment la vierge reçoit-elle l’annonce de l’immaculée conception ? s’interroge-t-elle. Pas toujours bien, force est de le reconnaître. Et preuve à l’appui : L’Annonciation de Lorenzo Lotto (1527) où ladite vierge n’a pas l’air satisfaite de son sort, celui de ne pas connaître la sensualité, la corporalité du désir. Elle se détourne de l’ange, regard sombre, corps sur la défensive. Elle n’est pas au centre, c’est un chat noir et fuyant qui occupe le centre du tableau, “qui signalerait, note L. Adler, le mauvais sort – voire le malheur – en train de s’abattre sur elle”. “Vierge donc, sans doute, mais pas si heureuse de l’être et de le rester”, conclut L. Adler. Elle évoque aussi une autre vierge, celle de Filippo Lippi, dont la robe bleue est trouée, ce qui en fait une “vierge sexuée”. Mais toutes les femmes ne connaissent pas le même sort que Marie, d’où le danger. Danger d’une femme qui gère son plaisir elle-même, dans sa solitude, “amoureuse d’elle-même”, comme le prouve ce dessin d’après une figurine maltaise (vers 4000-3000 av. J.-C.) d’une femme se masturbant. Le danger vient alors de la dissociation du “plaisir sexuel de la faculté de reproduction”. Porte ouverte à tous les dangers, y compris l’amour.

“Les femmes amoureuses sont dangereuses, car elles peuvent perturber par la force de leur désir le déséquilibre dit naturel qui s’est instauré entre les deux sexes depuis l’aube de l’humanité et on les sent capables de parvenir quelquefois à le rétablir ou même à l’inverser.” La femme amoureuse serait donc dangereuse pour l’homme en ce qu’elle le féminiserait ? Plusieurs exemples, dans les pages qui suivent, tendent à le prouver : ainsi le Mars de Botticelli, alangui, désarmé, rejeté en arrière dans son sommeil alors que Vénus le veille d’un regard tendre, tendre mais vainqueur. Élisa Lécosse note : “L’amour spirituel, ici incarné par Vénus, gouverne l’amour érotique représenté par Mars.” Autre exemple d’homme féminisé : Hermaphrodite, enlacé par la nymphe Salmacis priant les dieux de les unir à jamais. Le résultat : la naissance d’un être hybride, mi-homme mi-femme, un androgyne. Toujours dans la mythologie grecque : le viril Hercule sous le joug d’Omphale – Rubens le représente dominé par la reine de Lydie, ses attributs virils masqués – castrés – par une étoffe féminine et soyeuse. François Boucher nous présente aussi un Renaud féminisé par la belle Armide : sans casque, sans arme, la main sur le cœur, les yeux implorants, aux pieds de la blonde Sarrasine, Renaud est comme émasculé…

Titre du livre : Les femmes qui aiment sont dangereuses
Auteur : Laure Adler, Elisa Lécosse
Éditeur : Flammarion
Collection : Histoire de l'art
Date de publication : 23/09/09
N° ISBN : 2081203286
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1 commentaire

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E. Panorthotès

20/02/10 19:40
Je n'ai pas lu cet ouvrage, mais (venant de parcourir le dossier "BHL et ses Botul d'hier") j'ai un peu sursauté en découvrant "la fourbe Putiphar" : je sais bien que ce nom a de fâcheuses résonnances en français (où l'on trouve aussi "Potiphar"), mais c'est le nom du mari de "la femme de Putiphar" -- à l'époque, sans doute, elle n'était pas "Mme Putiphar", et j'ignore si une légende lui attribue un nom (celui de sa fille, Aséneth -- de la fille de Putiphar... -- est donné par la Bible et se trouve dans un "roman juif" qui eut quelque célébrité, l'histoire de Joseph (victime de la fourbe...) et Aséneth.

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