Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Un article de Natalie Nougayrède, intitulé 'Le message d'Hillary Clinton sur la sécurité de l'Europe', revient sur le discours de Hillary Clinton, prononcé lors de sa visite à Paris le 29 janvier dernier. Hormis dans le journal Le Monde, ce discours semble avoir été peu commenté à l’époque, alors que "les Etats-Unis ont, pour la première fois depuis l'élection de Barack Obama, signalé solennellement leur intention de peser sur les affaires de l'Europe en matière de sécurité", et ont répondu clairement non aux tentatives russes de créer un nouveau traité sur la sécurité en Europe, comme le remarque justement Natalie Nougayrède.
Ce discours n’a pas été prononcé en France par hasard, car un an après le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, "la France veut s'afficher comme un interlocuteur privilégié de la Russie en Europe, à l'occasion de l'année culturelle croisée qui verra les présidents Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev se rendre visite. Paris multiplie les signaux, petits et grands, d'un reset ("remise à zéro") à la française." Il s’agissait donc aussi pour l’administration américaine de manifester ses profondes réserves à l’encontre des manœuvres politico-militaires dans lesquelles Paris s’est lancé avec Moscou.
Alors que le président russe est attendu pour une visite en France en mars, et dans le cadre de l’année "franco-russe", il est utile de s’interroger sur "l’incompréhension réelle de la Russie" dont l’historienne Françoise Thom fait une radiographie dans son article 'Russie Europe : les risques du "redémarrage" ' sur diploweb.com.
Le ton est donné dès la première phrase de l’article : "Ce qui frappe l’historien lorsqu’il se penche sur les rapports Russie-Europe c’est la permanence des fantasmes que la Russie engendre dans l’imagination des Occidentaux et la capacité de la Russie à dicter les cadres conceptuels dans lesquels elle veut être pensée – et incomprise - à l’étranger."
En s’appuyant sur la guerre de Géorgie , Françoise Thom déconstruit le rapport d’incompréhension radicale que les pays occidentaux, et surtout européens, manifestent face aux discours et aux actions d’une Russie lancée dans une stratégie de regain de puissance tout azimut. Françoise Thom dresse le portrait d’Européens qui s’obstinent à ne rien vouloir comprendre à l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle "corrélation des forces" issue de l’opportunité offerte par une crise économique qui affaiblit l’Occident, et de l’avènement de l’Administration Obama, jugée faible et isolationniste. C’est face à tant d’obstination européenne que les Russes passent aux travaux pratiques.
Car Françoise Thom livre une interprétation originale des objectifs stratégiques russes dans la guerre de Géorgie : "Comme en Europe on traînait les pieds et on continuait à refuser de voir les « réalités », comme on dit en Russie, Moscou décida de faire une petite démonstration : la guerre russo-géorgienne avait avant tout pour objectif de montrer aux Européens que l’alliance avec les Etats-Unis ne valait plus rien. Sitôt la démonstration finie, le président D.Medvedev remit sur le tapis sa proposition de nouveau système de sécurité européen."
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