Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Combien y a-t-il de continents sur la terre ? Pour un Français, il y en a cinq qui sont l’Asie, l’Europe, l’Afrique, l’Amérique et l’Antarctique. Pour un Brésilien, les continents sont six car il en compte deux en Amérique, l’un au sud, l’autre au nord. Pour un Australien, les continents sont sept puisqu’à la liste classique s’ajoute l’Océanie. Les continents sont donc loin d’être des objets géographiques évidents. Ils ressemblent davantage à des dénominations plus ou moins variables ou arbitraires, changeantes selon les cultures et les époques. Les continents ont, en fait, été "inventés" au fur et à mesure que les Européens découvraient le monde et mettaient en place les premières formes de la mondialisation, vers la Renaissance.
C’est cette thèse originale que Christian Grataloup défend dans un ouvrage superbement illustré, L’Invention des continents. Il commence par poser la question de l’appartenance de la Turquie à l’Europe et annonce clairement quelle est son ambition. "L’objectif de cet ouvrage est, sans ambiguïté, de montrer que le découpage des parties du monde est un fait de culture, qu’il aurait pu être tout autre et qu’il ne saurait donc servir d’argument pour fonder en nature quelque démarche géopolitique que ce soit". Les continents sont donc des objets culturels et ils ont ensuite été naturalisés pour les besoins des idéologies dominantes à l’époque.
Christian Grataloup suit une démarche chronologique. Il commence par aborder les "pères fondateurs" c'est-à-dire le récit biblique qui fait des trois fils de Noé les fondateurs des peuples du Moyen-Orient (Sem et les sémites), de l’Afrique (Cham) et de l’Europe (Japhet). Au Moyen-Age, ce texte est interprété comme une tripartition du monde, qui est représentée sur des cartes dites "en T". Ces cartes comptent trois mers (la Méditerranée, la Mer Rouge et la Mer Noire) qui séparent trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Jérusalem est à peu près au centre et l’Est (l’Orient) est au sommet de la carte. L’Asie est donc en haut parce que le Paradis terrestre y était localisé et qu’il est logique qu’il soit le plus proche du ciel possible. S’orienter revient donc à se situer par rapport à une hiérarchie dont le Paradis occupe le point le plus haut. Le chapitre suivant explique comment cette conception est changée par la découverte progressive de l’Amérique. Le monde est alors pensé selon un nouveau découpage avec quatre races (la rouge étant nouvelle) et quatre continents. L’Europe est le continent des Blancs, l’Afrique celui des Noirs, l’Amérique celui des "Peaux Rouges". Assez curieusement, les races "arabes" ou "sémites" ne sont pas pensées comme semblables aux races "jaunes" mais sont englobées dans le seul continent multiracial, l’Asie. Il est donc déjà clair que le découpage est d’abord fait pour justifier la domination politique des Blancs sur les autres. Dans un second temps, chaque partie du monde est qualifiée par la couleur de ses habitants et une entreprise de naturalisation se met en place. Il faut décrire l’Afrique comme un continent noir, en ignorant les populations arabes, et décrire les Amériques de telle façon qu’elles soient différentes de l’Afrique, et de l’Asie. Par définition, l’Europe est différente de tout le reste. Ces découpages sont particulièrement bien représentés dans les décors baroques des églises des Jésuites dont l’"Empire" couvre justement les quatre parties du monde. Christian Grataloup y consacre un chapitre particulier dont les illustrations sont magnifiques et très clairement commentées dans un texte dense.
2 commentaires
Liseron
Cela me fait songer aussi que ... je dois le lire et du coup, me procurer ce livre sur les continents et leur représentation, qui me semble être digne d'intérêt.
Merci à l'auteur de la recension et au commentaire de F. Nerra.
F. Nerra