On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’augmentation du nombre de gardes à vue et les conditions dans lesquelles elles s’opèrent créent donc, pour reprendre le texte d’une tribune dans Le Monde de trois magistrats de la Cour de Cassation – "Introduire l’habeas corpus dans notre droit"–, une situation qui "ne répond pas aux exigences des articles 5 [droit à la liberté et à la sûreté] et 6 [droit à un procès équitable] de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme".
Or la non-conformité des gardes à vue françaises avec la norme européenne ne remet pas seulement en cause les pratiques policières. Derrière, alors même que le procès pénal est de plus en plus – du fait du poids revêtu par les interrogatoires pratiqués au cours des gardes à vue – déterminé par la phase policière, c’est l’ensemble du système pénal qui se trouve mis en question.
Une réforme des gardes à vue est donc aujourd’hui nécessaire afin que la France se conforme aux normes européennes du procès équitable, parmi lesquelles le droit de tout accusé à être effectivement défendu par un avocat. Une telle réforme devra introduire la possibilité pour le suspect de se faire assister par un avocat dès le moment de son placement en garde à vue, et cela indépendamment des interrogatoires qu’il subit. L’accusé devra avoir la possibilité d’obtenir toute la vaste gamme d’interven-tions qui sont propres au conseil – discussion de l’affaire, organisation de la défense… L’intervention, dès le début de la garde à vue, d’un avocat, devra enfin permettre que soit respecté le droit de tout accusé à ne pas s’incriminer lui-même, droit qui présuppose, dans une affaire pénale, que l’accusation cherche à fonder son argumentation sans recourir à des éléments de preuve obtenus par la contrainte ou les pressions au mépris de la volonté de l’accusé.
C’est donc une réforme en profondeur du système français des gardes à vue qu’il s’agit de mettre en place. Réforme qui répondra aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme et tranchera ainsi avec la multitude de réformettes de circonstances du système pénal français qui n’ont pour objet que l’aggravation des sanctions prévues à des fins purement démagogiques et électoralistes. Réforme qui impliquera que soient repensées dans leur intégralité – nature, contenu, durée – les modalités d’intervention des avocats français auprès des gardés à vue, et qui conduira nécessairement à s’interroger sur la signification et la justification – si elle existe – de l’explosion récente du nombre de gardes à vue en France![]()
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- 'Le réformisme judiciaire français ou l'histoire d'un relapse', par Pascal Mbongo.
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denis