On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Face à la difficulté de définir précisément ce qu’est l’espace public, de nouveaux phénomènes apparaissent qui mettent en doute la dimension d’ouverture de certains espaces dits "publics" et déstabilisent la cohésion sociale urbaine. L’auteur évoque notamment l’étalement urbain, les dynamiques d’ "entre-soi", la vision de la rue comme seul espace de flux ou encore l’expansion de pratiques aménagistes basées sur une logique sécuritaire. Établissant le constat que la "communication" qui liait le pluriel et le singulier de l’espace public, tend à s’effriter (presse privatisée et contrôlée, affichage public limité), l’auteur interroge la nouvelle dimension publique de l’espace urbain. Il évoque alors les nouveaux usages de la rue qui se multiplient (rollers, spectacles impromptus, détournement des fonctions du mobilier urbain, etc.) ainsi que ces spectacles éphémères (musiciens de rue, artistes, oeuvres publiques…) qui lui semblent participer à l’apparition d’une appartenance collective. Ces actions s’articulent souvent aux lieux et participent au développement d’un "en-commun" liant les habitants du quartier entre eux et à leur espace de vie. Selon l’auteur, ces pratiques redonneraient à l’espace public une part de sa dimension habermassienne. Il s’agit même parfois de lieux non publics qui prennent l’allure d’espaces publics (centres commerciaux …). Thierry Paquot parle alors de "lieux urbains" en tant qu’endroits réservés au public, quelque soit leur statut juridique. Selon lui, un lieu est commun ou urbain "si et seulement si l’altérité s’y déploie". Ce sont ces lieux qui constituent alors un enjeu majeur de nos villes contemporaines quant à l’évolution de la civilisation urbaine. Afin de conserver la vie sociale de la rue, la flânerie ainsi que ses surprises, l’auteur recommande aux aménageurs de "ménager" (prendre soin) plus que d’aménager, en tenant compte des identités, des usages, des sensations des citadins ainsi que de l’esthétique et de la temporalité des lieux. Il nous renvoie notamment aux pratiques du new urbanism ainsi qu’à divers exemples d’humanisation de la ville par un certain traitement de ses lieux.
Parvenant à combiner différentes théories, passant habilement d’un auteur à un autre tout en liant les problématiques actuelles aux phénomènes historiques, l’auteur nous offre une synthèse efficace et pertinente de la notion d’espace public. Sans tomber dans la nostalgie de la ville du début du XXè siècle comme de nombreux auteurs, Paquot parvient à lancer de nouvelles pistes pour les aménageurs et à capter dans la ville contemporaine les signes d’une nouvelle urbanité tout en mettant en garde contre certaines dérives. Il met ainsi à disposition d’un large public une vision élaborée de l’espace public et présente une intéressante réflexion sur le sens de la ville. Éclairant, accessible et accompagné d’une riche bibliographie, cet ouvrage suscitera chez le lecteur curieux l’envie d’en savoir plus sur cette notion multiple qu’est l’espace public![]()
1 commentaire
géronimo
Cependant, l'espace public perverti par la publicité détournée vers des intérêts particuliers, est certes une façon de voir, parallèlement le développement rapide du net a ramené de façon drastique vis à vis du pouvoir, les débats sur l'Espace Public, débats non contrôlés ou si difficilement (voire l'exemple de la Chine). Discuter de la qualité de ces débats est un autre sujet, du moins ils sont plus nombreux plus riches plus accessibles et moins "convenus" que les discussions de café. La réflexion et le temps de l'écriture, la sobriété amènent une meilleure énonciation de la pensée.