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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Les Hébreux : construction d’une tradition et d’un peuple
[jeudi 11 février 2010 - 18:00]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Les Hébreux
Stéphane Encel
Éditeur : Armand Colin
416 pages / 27,55 € sur
Résumé : Un manuel qui est en même temps un ouvrage de réflexion sur une période difficile à appréhender.
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L’objectif de cet ouvrage est nettement exprimé dès la première page : il s’agit de combler un vide de l’historiographie actuelle qui paradoxalement, au moment même où les études bibliques connaissent un regain d’intérêt, ne comporte pas de synthèse récente en français sur le sujet. Ce renouveau est dû notamment à des découvertes archéologiques assez largement diffusées dans La Bible dévoilée d’Israël Finkenstein et Neil Asher Silberman  , entre autres. Stéphane Encel, dans la lignée de ce dernier ouvrage, s’est donc attaché à combler ce vide par un livre qui, tout en étant accessible aux non-spécialistes, demande un certain engagement et une connaissance préalable du sujet de la part du lecteur. Pour ceux qui travaillent sur ce sujet, il constituera sans doute un outil précieux, bien qu’il se place dans une perspective qui relève plus de l’histoire des religions que de l’histoire ancienne. Le travail –considérable- auquel s’est livré l’auteur ne se borne pas à une relecture critique de la Bible. La typographie variée de l’ouvrage présente à la fois un récit chronologique allant des origines du peuple Hébreu au deuxième siècle de notre ère, et plusieurs encadrés éclaircissant un point précis, d’ordre plus anthropologique comme "L’aniconisme" , ou littéraire  comme "Philon d’Alexandrie"  ou "Flavius Josèphe" , ainsi que des dossiers plus développés sur des aspects complémentaires tels que "le rapport à la violence, à la terre et au zèle pour Dieu"  ou "le christianisme" , sans compter de nombreuses cartes et illustrations.

C’est donc à une étude de la première grande période du judaïsme que nous invite l’auteur ; ce sujet n’est évidemment pas sans implications actuelles. Au-delà de l’instrumentalisation du texte biblique à des fins politiques, que Stéphane Encel cherche à écarter tout au long de son ouvrage en refusant toute confusion entre la "bibliothèque éclectique"que constitue la Bible et "la civilisation d’où elle est née" , le récit biblique pose des questions qui intéressent l’historien, notamment sur la manière dont se construit une tradition, les liens entre le sacerdoce et le pouvoir politique ou le rapport à la guerre et à la violence.

 

"Une politique de la promesse"


Pour Stéphane Encel, la Bible reste la principale source sur l’origine des Hébreux. L’historien commente de manière critique ce qui constitue une étape fondatrice dans le récit de l’Ancien Testament : le voyage d’Abraham, premier des Patriarches, d’Ur sa ville natale jusqu’au pays des Cananéens. Présenté comme un modèle par son obéissance et sa fidélité absolue à son dieu, son histoire illustre un schème récurrent dans le récit biblique. Stéphane Encel parle à ce sujet d’une "politique de la promesse"  : Dieu, en promettant une terre, donne une légitimité, "à la fois externe et interne" , c’est-à-dire à destination à la fois du peuple élu et des autres, pour acquérir et s’approprier ce territoire. Ce n’est cependant pas la terre de Canaan (actuels Palestine, Israël, Liban et Syrie) qui scelle l’alliance entre Dieu et son peuple, mais un autre territoire, qui sur toute la période étudiée a des liens étroits et complexes avec les Hébreux : l’Egypte. C’est à partir de ce pays en effet qu’ont lieu trois événements essentiels : l’épisode du buisson ardent, où Dieu révèle son nom à Moïse ; la sortie d’Egypte et le don de la Torah au pied du mont Sinaï ; la conquête de Canaan. Ces trois volets constituent le "triptyque de l’identité de YHWH" , qui forme la base de la relation entre les Hébreux et leur dieu. Ce lien est matérialisé par l’Arche d’Alliance contenant les Tables de la Loi. Adoptant la datation de la sortie d’Egypte sous Ramsès II, c’est-à-dire entre 1280 et 1224 avant notre ère, l’auteur repousse cependant l’hypothèse d’un déplacement massif de population vers ce pays et penche plutôt pour "l’hypothèse d’une origine majoritairement autochtone des Israélites" . Il dégage ainsi deux traits caractéristiques de l’identité de ce peuple, sur le plan culturel : l’aniconisme, c’est-à-dire la "non-représentation de la divinité" , et l’absence de porc dans l’alimentation. Ce qui se distingue des traits essentiels du judaïsme en tant que religion : le rapport à la terre, le respect de la Loi et la notion de peuple.

Titre du livre : Les Hébreux
Auteur : Stéphane Encel
Éditeur : Armand Colin
Collection : Civilisations
Date de publication : 07/10/09
N° ISBN : 2200351100
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