On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La ville créative, terre de salut des anciennes cités industrielles ? Le court ouvrage d’Elsa Vivant, maître de conférence à l’Institut français d’urbanisme, part de ce constat : les villes les plus touchées par la désindustrialisation sont celles qui misent le plus sur l’attractivité des activités à forte valeur ajoutée. Dans cette optique de requalification des territoires délaissés, la culture et la créativité apparaissent comme un nouvel enjeu urbain. Ce livre se donne pour objectif "d’apporter un éclairage sur ce concept de ville créative afin d’évaluer (…) la possibilité d’en faire un outil de programmation de l’action politique." D’où le questionnement de l’auteur : Comment la culture et le développement des activités créatives aident à la revalorisation des villes ?
Première entrée dans la problématique : la théorie de l’Américain Richard Florida qu’Elsa Vivant expose pour mieux s’en démarquer. Selon le chercheur à l’université de Columbia, le développement économique des villes serait lié à la présence des classes créatives. Le terme englobe tout autant les artistes, techniciens du spectacle, architectes, scientifiques et chercheurs que les ingénieurs, avocats d’affaires, et financiers. Une notion très large donc, qui englobe "près de 30 % des actifs des économies occidentales" . Elsa Vivant pointe une autre faiblesse de la théorie de Florida : le lien de causalité entre la présence des classes créatives et la croissance économique n’est pas démontré, et pourrait même fonctionner de façon inverse : ce seraient "les opportunités offertes par une économie locale dynamique" qui attireraient les créatifs.
Mais il reste vrai, selon l’auteur, que des municipalités utilisent la culture comme outil de requalification du territoire, dans le but de peser sur l’évolution de leur peuplement, d’y attirer les classes aisées et cultivées, bref, de les gentrifier. Elsa Vivant place la scène artistique off, les squats et musiques alternatives à l’origine de la revitalisation des territoires populaires et en friche. Les artistes off "passent pour des pionniers de la reconquête urbaine" . Leur revalorisation symbolique de l’espace enclenche le processus de gentrification de celui-ci, et sa reconversion immobilière pour les classes plus aisées. La transformation est visible de Belleville à l’East End londonien. Mais Elsa Vivant s’interroge : les artistes bohèmes de la scène off représentent-ils l’élément déclencheur ou le prétexte à la revalorisation immobilière du quartier ? Modérée, la chercheuse attribue ici aux artistes le rôle de révélateur de la population intéressée par un retour en ville. Une fois enclenché, le processus de gentrification va toutefois en s’amplifiant pour aboutir à la disparition de la bohème originelle et produire des espaces destinés aux classes moyennes supérieures.
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