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L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité. 
Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme
Au premier abord, il pourrait paraître incongru que la philosophie soit susceptible de s’intéresser à un acte aussi anodin et banal que celui de marcher. Quel besoin en effet de s’interroger sur une activité à laquelle nous ne pensons même plus tant nous la pratiquons au quotidien depuis notre enfance ? C’est bien peut-être – et c’est toute la leçon de ce livre minutieux et patient de Frédéric Gros – que d’ordinaire nous ne marchons pas vraiment, ou plutôt que nous avons oublié les vertus de la marche concernant ce que, authentiquement, nous sommes. En effet, comme la pensée, la marche brise des rythmes qui ne sont pas vraiment les nôtres, qui ne nous définissent pas en ce que nous avons de plus profond ou de plus vrai : marcher, penser, c’est oser rompre avec ce qu’il y a de plus convenu et de plus réducteur dans notre existence quotidienne. Quand je marche, l’ennui de vivre me quitte, je délaisse les cadences de la productivité qui me sont imposées du dehors par une société qui ne sait plus vraiment marcher, tant sa passion de la vitesse pèse sur elle et sur tous ses membres comme un destin. Penser, faire de la philosophie, c’est reprendre son temps – au sens le plus propre –, c’est revenir au rythme de ce que nous sommes vraiment, à rebours des idéologies et des préjugés qui nous imposent leur pas. Marcher, une philosophie : les penseurs, les poètes, les mystiques et autres vagabonds qui parcourent ce livre nous en montreront les chemins.
Le temps de la marche
Marcher n’est pas un sport. C’est un acte qui ne nécessite pas l’apprentissage de gestes techniques mais est accessible directement à chacun. Il ne saurait entrer dans le domaine de la compétition car il n’est pas mesurable au sens d’une performance et ne vise pas un résultat ou une victoire sur l’adversaire. En ce sens, le temps de la marche n’a rien à voir avec celui de la compétition sportive ou du quotidien. S’il n’a pas l’intensité de la première, il ne relève pas plus du quadrillage gris et morne du second. On ne marche pas vraiment en se rendant de chez soi à la bouche de métro la plus proche pour aller travailler. Marcher est une activité monotone, régulière, répétitive : « un pied devant l’autre ». C’est l’injonction implicite qui guide tout marcheur, dans un véritable dialogue que celui-ci noue avec lui-même. Et cette injonction ne cessera de ponctuer ce livre autour de la marche - il faudrait plutôt dire de la marche tant il tente de comprendre l’essence de cette activité de l’intérieur – selon le rythme secret de chacun, comme une respiration de ce que nous sommes vraiment, libéré de nos contraintes quotidiennes, de ce qui nous détermine de manière inauthentique dans la vie de tous les jours. Car marcher rompt l’ennui, en dépit de sa monotonie, grâce à sa monotonie. Marcher nous remet en présence de nous-même par le décalage que ce geste instaure avec ce qui ordinairement nous aliène . C’est bien en ce sens que marcher est une libération, similaire à celle de la pensée : une rupture avec la sclérose du corps et de l’esprit.
5 commentaires
Andre Weill
"Tous les nomades au long cours connaissent le vertige du retour au monde. Cet instant fragile, ce moment de vulnérabilité, subtil et délicat. Le retour au monde est une étape très importante du pèlerinage difficile à gérer. Une étape douloureuse, car c’est celle du passage entre les deux mondes. Tout à la fois, une mort et une naissance. Un passage qui met provisoirement fin à la folie de l’errance, et qui enterre le pèlerin dans la folie du monde immobile."
http://www.andreweill.fr
Fred
C'est très vrai, mais il y a marche et marche: la marche "utilitaire" (pour aller prendre son métro par exemple) est une obligation qui ne me parait pas très libératrice dans la mesure où elle s'inscrit dans le stress quotidien d'arriver à l'heure à son travail. Par contre la marche d'agrément, la flânerie au fil de sa fantaisie, au rythme de son humeur vagabonde, c'est merveilleux.
louis-victor
Dou
"L'étrange consonance créée entre cheminement intérieur et extérieur suggère que l'esprit, lui aussi, est un paysage à traverser en marchant. Ceux qui aiment marcher sont familiers d'un état particulier de la solitude. Celle qu'on ressent à la campagne est de nature géographique [...] une sorte de communion s'opère avec le monde non humain. En ville c'est un luxe d'une rare austérité que de se sentir étranger parmi des étrangers [...] dans cet état d'observation qui fournit la distance idéale à la réflexion ou à la création. A petites doses, la mélancolie, le sentiment d'étrangeté, l'introspection, comptent parmi les plaisirs les plus raffinés."
egg
Superbe critique...