Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Qu’est ce qu’une ville pour l’historien et comment l’étudier ? Comme un espace, dont les frontières et l’aspect évoluent dans le temps ? Comme un personnage, dont l’étude ne peut se résumer au récit de la vie et de l’œuvre et doit prendre en compte la dimension affective, psychologique ? La ville est un tout : espace géographique au paysage particulier, elle est aussi souvent une communauté politique dont les rapports aux autres pouvoirs sont marqués par le couple de la subordination et de l’émancipation. Elle est enfin une communauté sociale, marquée par des clivages professionnels, économiques, générationnels. L’ensemble de ces caractéristiques participent (sans la résumer) de l’urbanité, de l’identité d’une ville, de sa personnalité.
L’histoire urbaine prend aujourd’hui en compte l’ensemble de ces aspects, elle qui jusqu’au milieu du vingtième siècle semblait s’intéresser avant tout aux fonctions politiques et économiques des villes. Les apports combinés de l’anthropologie, de la sociologie, de la géographie ont contribué à renouveler les approches . Ici au contraire, Jean-Paul Bled, professeur des universités à Paris-IV, choisit pour raconter l’histoire de la capitale de la Bavière une perspective très classique qui identifie quasiment la ville à sa seule fonction politique. Fin connaisseur de l’histoire du monde germanique, on lui doit notamment une histoire de Vienne qui semble avoir influencé ce nouvel opus, tant les comparaisons entre les deux cités sont récurrentes tout au long de l’ouvrage.
Quelle spécificité munichoise ?
Cette perspective comparatiste pose d’emblée la question de la problématique choisie par l’auteur pour aborder Munich, cette ville si riche, parfois réduite à sa fête de la bière, à son club de foot et à ses musées. Deux questions guident l’ouvrage : celle de la dualité entre localisme bavarois et cosmopolitisme de la population artistique accueillie en ses murs et celle de l’insertion de Munich dans l’espace germanique, envisagé dans une perspective multiscalaire, de la Bavière au Saint-Empire en passant par l’Allemagne. Ces deux interrogations se rejoignent finalement autour de la question de la centralité de la ville et donc de sa puissance. Cette problématisation assez classique, qui vise à évaluer l’identité et la place du pôle munichois dans le triangle qu’il forme avec Vienne et Berlin est cependant affaiblie dès l’avant-propos par un manque de réflexion sur ces deux concepts.
L’idée d’une spécificité munichoise, pourtant avancée par l’auteur, est souvent contredite par ses propres analyses, qui mettent en avant la proximité de la situation munichoise avec d’autres villes européennes. Ainsi, décrivant les difficultés que connaît Munich au milieu du XIVe siècle (épidémies, conflits armés, crise économique), Jean-Paul Bled rappelle-t-il que "cette crise n’a rien d’exceptionnel. Munich se place même en fin de liste" . Tentant de dégager ensuite une spécificité munichoise dans la crise politique urbaine, il insiste sur la conjonction des aspirations des différents groupes dans les luttes pour la conquête du pouvoir municipal et sur le caractère non-démocratique des revendications. Mais bien d’autres villes, françaises ou italiennes, connaissent alors le même phénomène…
1 commentaire
Iba
Ce travail, vu son auteur et son éditeur, ne pouvait pas être un travail pointu, novateur, pluridisciplinaire. Pour l'amateur qui ne sait rien de la ville, je pense néanmoins qu'elle donne un aperçu de son histoire politique, qu'elle cadre utilement certains éléments. Il ne fallait pas en espérer plus.