En quête de social-démocratie
[mardi 02 février 2010 - 05:00]
Science Politique
In search of social democracy. Responses to crisis and modernisation
John Callaghan, Nina Fishman, Ben Jackson et Martin McIvor (dir.)
Éditeur : Manchester University Press
In search of social democracy présente les qualités et les défauts de tout ouvrage collectif. Au chapitre des premières (les plus nombreuses), on notera la clarté du propos, ainsi qu’évidemment la richesse des contributions proposées, qu’il s’agisse de l’éventail des pays analysés, ou de la diversité des approches mobilisées : histoire, science politique, philosophie politique… cet entrecroisement des disciplines nous paraît fécond pour qui veut étudier l’évolution de la social-démocratie dans sa complexité. En outre, l’appareil éditorial de l’ouvrage est soigné, avec notamment de nombreuses références complémentaires à la fin de chaque chapitre, qui permettent au lecteur intéressé d’aller plus loin. A propos des limites de l’ouvrage, le prix à payer de la diversité des contributions est l’absence de ligne commune et le (léger) déficit de cohérence qui en résulte. L’exemple le plus parlant nous semble être celui de l’évaluation de l’importance du tournant néolibéral de la fin des années 1970. Alors qu’elle est soulignée par Lavelle ou Thompson, elle est fortement relativisée par Flynn. Ce dernier juge en effet que le modèle social-démocrate européen ne s’est pas du tout désagrégé, quand Moschonas note que l’hégémonie néolibérale s’est traduite en Europe par une néo-libéralisation particulièrement profonde et cohérente de la social-démocratie européenne. Plus fondamentalement, un regard plus large sur les rapports entre évolution de la famille sociale-démocrate et évolution des systèmes de partis en Europe de l’Ouest aurait été souhaitable. En effet, l’érosion de la dimension économique des clivages politiques a amené Lipset à prophétiser une américanisation du socialisme européen
, lequel perdrait sa spécificité sur la question sociale pour devenir une gauche libérale, cousine des Démocrates états-uniens. Une discussion de cette thèse, à la lumière des huit années ayant suivi l’article de Lipset, aurait été bienvenue. En outre, sur la même thématique, un récent ouvrage intitulé
West European Politics in the Age of Globalization évoque l’émergence d’un nouveau clivage culturel entre gagnants et perdants de la mondialisation, qui viendrait bouleverser l’espace de la compétition partisane. Or, les analyses produites par les auteurs envisagent les difficultés des sociaux-démocrates européens essentiellement dans leur rapport à la politique économique et sociale (ce qui est moins vrai cependant concernant le PSOE, dont justement l’auteur souligne la capacité à innover sur le terrain culturel, alors qu’il ne s’est différencié que peu de la droite sur le terrain économique). Malgré ces quelques remarques, qui sont davantage des appels à prolonger l’analyse, il n’en reste pas moins que cet ouvrage, qui propose un nombre important de contributions et d’études de cas inédites, s’imposera sans doute comme une référence pour qui s’intéresse à l’évolution récente de la social-démocratie européenne
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