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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.
Jacques Attali dresse un état des lieux sans concession de la situation de crises multiformes auxquelles nous nous trouvons confrontés. L’approche est lucide sur le comportement des différents acteurs même si elle peut paraître par trop pessimiste dans le peu d’échappatoire qu’elle entrevoie face aux menaces qui se profilent. Bien sûr le talent prospectiviste et visionnaire d’Attali dans le prolongement de ses précédents ouvrages notamment « Les Lignes d’horizon » lui fait présenter les chances que recouvrent le progrès technique et les innovations avec notamment les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Information Technologies, Cognitive Science). Mais cette chance semble devoir être elle-même tempérée par l’observation d’Hanna Arendt sur le progrès et la catastrophe comme étant l’avers et le revers d’une même médaille.
Le constat est celui de la mise en cause des rares instruments de gouvernance globale que ce soient les accords sur le commerce mondial ou la prolifération des armes nucléaires et de l’incapacité à progresser aussi efficacement qu’il le faudrait sur le climat, la lutte contre la pauvreté ou la régulation financière. Le déni de réalité laisse penser à tort à nombre de nations, d’entreprises de particuliers parmi les mieux protégés qu’ils peuvent traverser les crises sans changer leurs modèles d’organisation. La faillite des élites semble particulièrement patente à cet égard avec des gens qui ne pensent qu’à jouir de leur présent sans se soucier de l’avenir. Le cynisme et la désinvolture des financiers paraissent sans limites, avec notamment une stigmatisation de Goldman Sachs qui souligne une injustice flagrante vis-à-vis du contribuable américain et une collusion d’intérêts, déjà dénoncée par d’autres, avec l’administration américaine mettant en doute sa capacité à exprimer véritablement l’intérêt général. L’état de faiblesse enfin d’un occident n’arrivant plus à compenser l’épuisement de ses ressources intérieures par une fuite en avant à travers l’endettement. En cela Jacques Attali semble partager avec Gramsci un pessimisme de la connaissance qui n’empêche pas malgré tout l’optimisme de la volonté.
La survie à la crise, un projet collectif ?
Dans une société où la prégnance du risque, déjà bien identifiée par Ulrich Beck, est une réalité incontournable et où le nombre des calamités potentielles (crises économiques, énergétiques, écologiques, de la santé et de l’éducation, pandémique, politiques et militaires) qui se profilent est affolant, et le pire jamais décevant, l’enjeu n’est peut-être déjà plus comme le suggère l’auteur que celui de la survie. Le temps semble être définitivement plus à l’adaptation qu’à la résorption ou l’endiguement. Cela se vérifie notamment en matière climatique, alimentaire, sanitaire. Les leçons tirées des civilisations qui se sont effondrées énoncées par Jared Diamond semblent tout juste exploitables pour explorer le potentiel de résilience des uns et des autres mais non pour encore prévenir les crises présentées comme quasi inéluctables. Les sept principes énoncés par Jacques Attali pour s’en sortir (le respect de soi, le plein usage du temps, l’empathie, la résilience, la créativité, l’ubiquité, et penser la révolution) laissent penser en première analyse à un sauve-qui-peut. Un chacun pour soit où le kit de résistance semble avant tout inspiré de « l’art de la guerre » et l’autre utilisé à des fins tactique à défaut d’être perçu comme une menace immédiate. La posture prétendument individualiste interpelle, face à des problématiques qui appellent des réponses collectives, face à des risques qui supposent plus que jamais de privilégier la mutualisation des moyens. On ne contestera pas la responsabilité individuelle de chacun. Et les autres entités auxquelles Attali entend confronté son modèle, à savoir les entreprises, les nations et mêmes l’humanité ne sont que l’agrégation d’individus ou de catégorie d’individus. La citation de Ghandi mise en avant par l’auteur : « Soyez vous-même le changement du monde que vous voulez voir dans le monde », au-delà de l’incarnation individuelle n’invite-t-elle pas aussi à inscrire cette démarche dans un projet collectif à la mesure des enjeux ?
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