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Rédacteur

Critique à nonfiction.Fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Les idées sur le Web

Les think tanks au service des territoires !
Numéro 10 de la revue Think consacré aux territoires
Itinéraire d’un « personnage » de la Résistance française
[jeudi 04 février 2010 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Lucie Aubrac
Laurent Douzou
Éditeur : Perrin
376 pages / 19,95 € sur
Résumé : La première biographie d’envergure de Lucie Aubrac.
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Le biographe et ses choix

Le chapitre consacré à l'entrée en guerre et la lutte résistante peut apparaître en regard de cette première partie quelque peu lacunaire. Le lecteur s’attendrait à ce que Laurent Douzou poursuive sa comparaison entre les récits de Lucie Aubrac et ce que laisse transparaître les archives la concernant. Or, il ne souligne qu'une inexactitude mineure sur la date de sa prise de fonctions en tant que professeur au lycée de jeunes filles de Lyon. Il est vrai que les archives ne livrent que des traces très parcellaires des activités clandestines au sein des réseaux de Résistance et que toute étude approfondie suppose de consacrer de nombreuses pages à la confrontation des témoignages et de revenir sur des débats encore ouverts. L’auteur ne se focalisant pas sur une période, certes cruciale mais chronologiquement très courte, de la vie de Lucie Aubrac s’appuie donc  principalement sur le témoignage de l'intéressée et des figures les plus éminentes du réseau Libération-Sud, notamment de son fondateur Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Le lecteur ne trouvera ici aucune information précise sur les circonstances des arrestations de Raymond Aubrac et des évasions organisées par sa femme.

L'auteur s'attarde davantage sur l’activité professionnelle de Lucie Aubrac et son arrivée à Londres en février 1944. Sa réputation l’y a précédée et lui permet d'occuper des postes à responsabilité d'ordinaire réservés aux hommes. Elle devient ainsi membre de l'Assemblée consultative provisoire mais choisit de rester à Londres et participe à de nombreuses réunions ainsi qu'à des émissions de la BBC, où sa faculté à captiver des auditoires variés fit d'elle un « personnage ».

La dernière partie de l’ouvrage nous permet de mieux appréhender le parcours de Lucie Aubrac de la Libération au début des années 80. L'auteur s'attarde sur ses relations compliquées avec le Parti Communiste, qu’elle cherche à réintégrer après guerre mais où elle restera finalement toujours en marge, tant ses prises de position notamment au sein des instances d’homologation de la Résistance s’éloignent des consignes partisanes. On en apprend également un peu plus sur la carrière de Lucie Aubrac dans l’Education Nationale. Ses rapports d'inspection et la correspondance avec sa hiérarchie laissent entrevoir son intérêt pour les méthodes pédagogiques innovantes (quitte à prendre des libertés avec les consignes officielles). Elle poursuit sa carrière de professeur en France puis à l'étranger où elle réside de 1958 à 1976, suivant son mari au Maroc à Rome et à New York. Malgré une demande d’admission à la retraite relativement précoce (en 1966), elle n’abandonne pas ses activités de recherche et d'enseignement. A son retour en France, elle devient un témoin d'importance et est sollicitée par de nombreux historiens pour ses talents oratoires et les archives qu’elle détient en sa qualité de liquidatrice de son réseau de Résistance.

Ce n'est que dans le dernier chapitre que Laurent Douzou évoque avec précision les polémiques nées autour du procès et du « testament » de Klaus Barbie. Il relate ainsi le déroulement de l’entretien réalisé par le journal Libération à la demande des époux Aubrac entre eux et des historiens de la Résistance française. Laurent Douzou participait aux débats en tant que spécialiste choisi par le couple de résistants. Il revient notamment sur la réaction outrée de Lucie Aubrac, qui s’offusque de devoir s'expliquer sur les circonstances précises de ses actions clandestines comme devant un tribunal. Cet épisode démontre d’une part les difficultés du travail de l’historien face aux acteurs d’une période aussi complexe dont le témoignage est aussi précieux que partiel. D’autre part, comme au début de l’ouvrage, l’auteur met en évidence les reconstructions opérées par Lucie Aubrac, dont le rapport à l’exactitude historique est plus ambigu que ne le laisse imaginer a priori le rôle de « passeur de mémoire » qu’elle a joué jusqu’à la fin de sa vie auprès du public scolaire (et ce, malgré sa  cécité et la fatigue liée à son grand âge).

A la lecture de cet ouvrage, on constate donc que Lucie Aubrac, tout comme d’autres acteurs illustres de la Résistance et de la France Libre (on songe ici à de Gaulle lui-même, à Passy ou au colonel Rémy), a participé à la construction de son « personnage ». Laurent Douzou cherche certes à mettre en avant le parcours d’une femme libre et passionnée ayant mis tout au long de sa vie ses talents de pédagogue au service de la transmission du savoir au plus grand nombre. Le lecteur n’en est pas moins amené à s’interroger sur les difficultés à saisir les réalités quotidiennes de l’engagement résistant et les secrets que les témoins emportent avec eux malgré les nombreuses études historiques publiées sur le sujet.


 

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11 commentaires

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Piero Aldobrandi

16/02/10 08:21
C'est drôle, on dirait que RST répond de lui-même à l question du "procès d'intentions".

Bah oui, un procès d'intentions, c'est ce que vous faites, analyser la pensée de quelqu'un en lui prêtant des arrière-pensées plutôt que de prendre au sérieux, d'abord, ce qui est écrit.

Une légende et un personnage se créent, ne vous en déplaise. Mais pas à partir de rien. C'est bien montré par David Valence dans la référence à Petiteau et son livre sur Napoléon.

J'ai bien l'impression que c'est pauvre polémique tout ça. A relire le texte, je n'y vois rien de ce que vous y mettez.
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RST

15/02/10 19:04
@ David Valence
J’ai toujours beaucoup de mal à réagir à ce genre d’imprécations : « procès d’intention ». Vous avez une définition du concept à me proposer ? Réduire systématiquement la critique à un procès d’intention c’est refuser le débat. Effectivement, j’ai essayé d’expliquer dans mon propre texte ce que je pensais être l’intention de l’auteur dans son texte initial. C’est mon interprétation et ce n’est pas un « procès », tout simplement parce que je ne suis pas juge ! Si vous pensez que je me suis trompé, il suffit de m’expliquer pourquoi. Je devrais arriver à comprendre, si vos arguments sont assez convaincants.
Le fait que les 2 seuls commentaires à ce texte aillent dans le même sens ne vous interpelle pas un petit peu ?

Où voyez-vous que j’ai écrit que l’article minimisait le courage hors normes de Lucie Aubrac ?
Je ne vois pas non plus en quoi j’ai formulé ma critique en termes moraux ?
Ce que je dis est effectivement très simple : contrairement à ce qu’écrit votre talentueuse chercheuse (c’est marrant ce besoin d’essayer de renforcer la crédibilité de l’auteur : elle est "chercheuse", elle a du "talent", et après tout, je ne suis qu’un modeste bloggeur), ce n’est pas l’attitude de L.Aubrac après la guerre qui a créé le personnage, mais c’est ce qu’elle a fait pendant. Une vision plus correcte et certainement moins polémique, aurait été d’expliquer comment le personnage a pu être éventuellement retouché, modifié mais certainement pas créé. Ce sont les romanciers ou les auteurs de bande dessinée qui ont le pouvoir de créer de toutes pièces des personnages.
Que vous le vouliez ou non, écrire sans aucune espèce de nuances (qu’une chercheuse talentueuse et donc nécessairement consciente des difficultés à traiter de cette période aurait du introduire) que L.Aubrac a créé son personnage ne peut que jeter un doute sur la réalité de ce qu’elle a fait. Et je ne trouve rien dans le texte d’E.Vanthuyne (qui répondra peut être elle-même aux critiques ?) qui invite « à réfléchir aux conditions de construction d'une mémoire et de ses figures archétypales »
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David Valence

15/02/10 10:03
Je trouve ce nouveau commentaire très désagréable. Il relève surtout du procès d'intentions.

Où voyez-vous que l'article minimise le courage hors normes de Lucie Aubrac?

En revanche, il n'est pas inexact d'écrire que la mémoire a choisi ses héros, pour des raisons complexes (courage d'un couple ; aspect spectaculaire de l'évasion ; et, effectivement, capacité à captiver des auditoires) : à titre d'exemple, Marie-Madeleine Fourcade, Jean-Pierre Lévy ou même Raymond Aubrac ont, eux aussi, "pris des risques", comme vous dites, sans que leur nom ou leur visage aient été connus du "téléspectateur moyen" des années 70-80.

Votre remarque est très symptomatique d'une incompréhension de ce qu'est le rapport de l'historien à la mémoire. Le chercheur, comme le fait ici Emeline Vanthuyne avec talent, doit inviter à réfléchir aux conditions de construction d'une mémoire et de ses figures archétypales. Que vous considériez cette réflexion comme un danger et une atteinte à l'honneur des personnes, libre à vous. Mais ne formulez pas ce simplisme-là en termes moraux, de grâce!
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RST

09/02/10 19:53
Bonjour
Vous me permettrez de dire que je trouve cette critique particulièrement insidieuse et désagréable. Sauf à apporter les éléments pour prouver de graves inexactitudes dans la "légende" de Lucie Aubrac, E.Vanthuyne pourrait avoir la décence de reconnaitre que, contrairement à ce qu’elle a l’audace d’écrire, ce n’est pas "sa faculté à captiver des auditoires variés [qui] fit d'elle [L.Aubrac] un « personnage »", mais bien les risques qu’elle a prit et le combat qu’elle a mené.
Je m’ explique plus en détail ici : http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/Peut-on-enfin-parler-sereinement-de-la-R%C3%A9sistance-et-des-R%C3%A9sistants
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David Valence

05/02/10 09:25
Le moins qu'on puisse dire, c'est que vos remarques sont brutales et n'ouvrent pas nécessairement la voie à un dialogue fructueux.

Que l'article résume le livre et en offre d'abord une synthèse, quoi de plus normal? Nous ne confondons pas le "papier d'opinion" et le compte-rendu, à Nonfiction. Je me réjouis donc que le compte-rendu d'Emeline Vanthuyne propose "un résumé du livre".

Quant aux "critiques vides d'arguments", vous n'en avancez qu'une : le reproche, sous-entendu, d'une frontière entre histoire et mémoire moins évidente qu'attendu dans le travail de Laurent Douzou (c'est ce que le compte-rendu écrit discrètement).

Il n'est quand même pas exorbitant d'attendre des historiens qu'il écrive l'histoire plutôt que de construire une mémoire! On peut en revanche faire l'histoire d'une mémoire (comme Nathalie Petiteau l'a écrite pour la mémoire de Napoléon) et c'est autre chose.

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