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Critique à nonfiction.Fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Itinéraire d’un « personnage » de la Résistance française
[jeudi 04 février 2010 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Lucie Aubrac
Laurent Douzou
Éditeur : Perrin
376 pages / 19,95 € sur
Résumé : La première biographie d’envergure de Lucie Aubrac.
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Lucie Aubrac est devenue dans les trente dernières années de sa vie une des figures emblématiques de la Résistance française. Dans les années 90, elle s'est imposée aux yeux du grand public comme une héroïne, incarnée sur grand écran en 1997 par Carole Bouquet dans un film éponyme de Claude Berri. Elle avait reçu l’année précédente la distinction de grand officier de la Légion d'honneur et sillonnait encore quelques mois avant sa mort   les collèges et lycées pour continuer de transmettre à plus de 94 ans son témoignage sur la lutte clandestine contre le nazisme.

Pourtant, aucune biographie d'envergure ne lui avait jusqu’alors été consacrée. Laurent Douzou, universitaire ayant étudié durant ses années de thèse le réseau de Résistance Libération-Sud, dont Lucie Aubrac fut l'un des principaux acteurs ainsi que la liquidatrice, a donc choisi d’évoquer la femme engagée et passionnée qu'il a eu l'occasion de côtoyer pendant de nombreuses années. Pour ce faire, il a confronté les écrits et entretiens de Lucie Aubrac avec les archives ayant trait à sa carrière de professeur d’Histoire-Géographie, à ses relations avec le Parti Communiste et à ses activités résistantes.

Faire la part de l’histoire et de la mémoire

L’auteur a choisi de ne pas focaliser son analyse sur la période de lutte clandestine et notamment l’année 1943, durant laquelle Lucie Aubrac, alors enceinte de son deuxième enfant, a mis au point plusieurs plans d’évasion et réussi à deux reprises à libérer son mari, Raymond, des geôles de la Gestapo. De nombreuses études ont déjà été consacrées à ces événements qui ont forgé la légende de la résistante : ainsi, dès 1946, une bande dessinée américaine, Lucie to the rescue, relatait les coups d’éclats de Lucie Aubrac. Ils ont été également l’enjeu d’une vive polémique ouverte à l’occasion du procès du chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie, en 1987. Celui-ci, ainsi que certains résistants, remettaient en cause la version donnée par les époux Aubrac sur les circonstances exactes de l’arrestation de Caluire  .

Une trentaine de pages est consacrée dans cette biographie à la jeunesse et à l’adolescence de Lucie Bernard de 1912 à 1939. A cette date, elle prend le nom de son époux et devient pour l’administration Lucie Samuel. La période de guerre et de résistance de 1939 à 1944 est, elle, résumée en une vingtaine de pages : dans la clandestinité, Lucie Samuel devient Catherine et avec son mari ils prennent le pseudonyme d’Aubrac qu’ils conservent après guerre et qui est accepté par l’état civil dès 1950. Dans une troisième partie de l’ouvrage –soit une centaine de pages-, Laurent Douzou relate enfin les 63 années qui séparent la fin du conflit du décès de Lucie Aubrac.

Dès l'avant-propos, on saisit toute la complexité de la tâche que s'est fixée Laurent Douzou : ne rien omettre de la trajectoire de vie de Lucie Aubrac, quitte à signaler les incohérences entre son témoignage et les archives exploitées, sans pour autant instruire le procès d'une femme « à la vie à la fois difficile et flamboyante », qui forçait l'admiration d'un homme aussi exigeant que l'historien Jean-Pierre Vernant, lui-même ancien résistant.

Laurent Douzou s'applique donc dans la première partie à mettre à jour la manière dont Lucie Aubrac a reconstruit a posteriori sa propre vie de jeune fille. Les omissions ou inexactitudes concernent notamment les circonstances de sa naissance, la profession de ses parents, ses échecs au concours d'entrée à l'Ecole Normale d'institutrice de Paris ou sa situation matérielle difficile pendant ses années d'études à la Sorbonne de 1932 à 1938, date à laquelle elle est reçu au concours de l'agrégation d'Histoire. L’historien insiste également sur son militantisme étudiant, qui la conduit à adhérer dès 1932 aux Jeunesses Communistes et au Parti Communiste.

Titre du livre : Lucie Aubrac
Auteur : Laurent Douzou
Éditeur : Perrin
Date de publication : 01/10/09
N° ISBN : 2262027463
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11 commentaires

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David Valence

19/02/10 22:30
En écrivant cela, je ne ciblais pas le livre -que je n'ai pas lu- mais justifiais la démarche d'Emeline Vanthuyne par rapport au procès en "incorrection mémorielle" qui lui était ouvert -et pas par vous-.
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Forez

19/02/10 09:44
Bonjour Mr. Valence,
Votre phrase est tout de même particulièrement ambiguë, on se demande qui elle vise :
"Il n'est quand même pas exorbitant d'attendre des historiens qu'il écrive l'histoire plutôt que de construire une mémoire! On peut en revanche faire l'histoire d'une mémoire (comme Nathalie Petiteau l'a écrite pour la mémoire de Napoléon) et c'est autre chose."
Évidemment que l'historien se doit de décrypter et d'élucider les mécanismes de construction d'une mémoire sociale (d'un événement ou d'un personnage) !
Bien à vous
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David Valence

19/02/10 09:02
Nul n'a songé à affirmer que Douzou méconnaissait cette distinction entre mémoire et histoire et vous ne trouverez rien, dans l'article d'Emeline Vanthuyne, qui dise cela.

Elle portait simplement une interrogation supplémentaire : non pas "comment devient-on une héroïne?" mais "comment devient-on une héroïne pour la mémoire collective"? La question concerne plus la société qui érige tel ou telle en figure archétypale qu'une illusoire "stratégie" des intéressés.

Je vois du reste, "Forez", que vous reconnaissez la validité de cette question.
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Forez

18/02/10 13:20
Bonjour,
Les historiens de la période de la Seconde Guerre mondiale et de l'Occupation sont confrontés depuis de nombreuses années aux problèmes posés aussi bien par la relation aux témoins, que par les multiples discours et usages mémoriels. Il me semble que ces questions se posent dans des proportions moindres pour l'histoire du Premier Empire… Cette singularité du travail historique consacré à la période 1939-1945 a obligé les historiens à réfléchir, d'un point de vue épistémologique, sur leur pratique, et ce depuis bien longtemps. Sur ce sujet, on pourra par exemple lire avec profit l'avant-propos à l'édition de 2003 du livre de Pierre Laborie, Les Français des années troubles (Seuil, Points-Histoire). L’affirmation de la nécessaire distinction entre le travail historique et la reconstruction mémorielle est donc devenue une banalité. Pour dire les choses avec simplicité, le travail de Laurent Douzou n’est en rien une hagiographie de Lucie Aubrac. Même s’il est vrai qu’il aurait pu approfondir les problèmes que soulève le lien entre construction d’un personnage, arrangements avec le réel et établissement des faits, on peut difficilement lui reprocher de méconnaître la distinction mémoire-histoire. À ce propos, il serait bon de rappeler, justement, que certains historiens, et non des moindres, ont largement contribué à médiatiser ce couple de résistants dans les années 1980 (voir dans ce livre, pp. 268-269)...
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Prosper Lélian

18/02/10 13:06
A lire, et relire, l'article, vraiment pas de quoi fouetter un chat, l'interrogation sur la façon dont la mémoire distingue une personnalité héroïque plutôt qu'une autre, c'est une vraie question et qui ne remet en rien cause l'héroïsme de ladite "figure", merci à RST de ne pas poser en gardien d'un temple que personne ne veut profaner...
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