On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

* Cet ouvrage est publié avec l'aide du Centre national du livre.
A l'heure où le désespoir des ménagères bien (dé)rangées triomphe sur les petits écrans , Fronçoise Frontisi Ducroux a décidé d'explorer les textes de l'Antiquité versant femmes. Elle s'intéresse à quelques-unes des héroïnes qui ont su imposer leur nom à côté de l'Histoire des grands hommes. Il s'agit moins pour l'auteure de s'extraire des guerres et des combats que de les éclairer sous un autre angle : l'histoire ne se tisse pas seulement avec le fer de l'épée, mais aussi avec le fil du métier à tisser. Depuis Hésiode, la femme a en effet une place et un rôle précis : « filer et tisser, exécuter de beaux ouvrages » sans en faire une activité forcenée mais en prenant plaisir à la tâche. Avec une rigueur philologique incontestable et sans jamais tomber dans l'académisme gratuit, l'auteure plonge joyeusement dans le berceau de la culture occidentale pour nous aider à comprendre comment s'y déclinaient les jeux de la différence sexuelle à partir de la question des travaux manuels.
Au cas par cas, elle montre comment le textuel renvoie au sexuel et comment le dire est noué au voir. Si le sexuel est « un lieu où l'on se perd parce que l'on ne voit pas où l'on va, parce que l'on ne sait pas la route à suivre » – autrement dit, un labyrinthe –, mieux vaut suivre un fil (celui d'Ariane, par exemple) pour s'efforcer sans doute pas de comprendre définitivement de quoi il retourne mais, au moins, de saisir les contours et les formes du réel. Ainsi au fil des textes, s'approche-t-on, pas à pas, du mystère des sexes.
Mais un fil seul ne suffit pas à faire trame : il faut, en plus d'un simple filage, s'approcher des images et voir les dessins qui s'esquissent dans les ouvrages de ces dames. Là, explique Frontisi-Ducroux, le personnage d'Arachné donne une leçon d'érotisme qui va jusqu'à humilier la déesse Pallas! Son talent de tisseuse ne lui vaudra pour toute récompense que d'être transformée en Araignée... Mais, quoiqu'il en soit, une chose est sûre : une fois que les fils s'emmêlent, peinture et poésie se rejoignent au carrefour du sexe.
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