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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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"L'habitude du hasard": en mémoire d'Eric Rohmer (1920-2010)
[lundi 18 janvier 2010 - 23:00]
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La semaine dernière, au beau milieu de l’hiver, Éric Rohmer, pionnier de la Nouvelle Vague et grand du cinéma français, nous a quitté à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Et pourtant, nous ne parvenons pas à être tristes. Qu’il nous suffise de repenser aux promenades ensoleillées de Conte d’été, aux neiges clermontoises aussi pures et tranchantes que les conversations nocturnes de Ma Nuit chez Maud, ou au rêveur solitaire libertin de L’Amour l’après-midi muni de son talisman fantastique, et nous voilà en joie, la gravité chevillée à l’âme et le sourire indéfectiblement vissé aux lèvres.

La dernière séquence de son ultime film, Les Amours d’Astrée et Céladon (2007), en témoigne : une bretelle s’entêtait à glisser de l’épaule d’Astrée, un sein se découvrait nonchalamment, et le monde, naturellement, était sauvé, et avec lui les deux amants, dans une épiphanie aussi libidinale que feutrée. Drôle de testament pour un film qui ne réclamait pas ce statut, bien que son auteur eût annoncé qu’il serait vraisemblablement le dernier. Tous les ingrédients de l’esthétique rohmérienne s’y trouvaient pourtant, le goût de la dispute et de la joute se mêlant à l’arpentage d’une nature soumise aux variétés du climat, dans un monde de fiction littéraire régi par ses propres codes, avec pour enjeu la conquête, simple dans sa visée mais retorse dans ses péripéties, d’un être aimé.

Né en 1920 sous le nom de Maurice Schérer, Eric Rohmer commence sa carrière sous le signe des lettres, comme éphémère romancier pendant la  guerre, professeur de lycée puis critique de cinéma (pour Arts, notamment), en passant par l’animation du mouvement des ciné-clubs aux côtés d’André Bazin à la fin des années 1940, où il repère à Paris les jeunes Godard, Chabrol, Truffaut et Rivette. Aux Cahiers du cinéma, qu’il avait contribués à fonder en 1951, celui que les « jeunes turcs » appellent affectueusement « le grand Momo » ou « le Vieux » fait figure de parrain, qui fait redécouvrir Murnau et impose Hawks, Lang et Hitchcock au panthéon de la rédaction et de la politique des auteurs. Il se lance précocement dans la pratique du court-métrage, second creuset, avec la revue, de ce qui ne s’appelait pas encore tout à fait la Nouvelle Vague, faisant tourner dès 1951, comme acteur, un tout jeune et beau Jean-Luc Godard dans Charlotte et son steak, première histoire de drague et de déambulation.

Son premier long-métrage en 1959, Le Signe du lion, n’aura pas l’écho des autres œuvres phares de ses jeunes collègues la même année (A bout de souffle, Les Quatre-cent coups…). Supplanté par Jacques Rivette à la rédaction en chef des Cahiers du cinéma, Eric Rohmer continue néanmoins d’être actif, quoique plus discrètement, à travers la réalisation des trois courts métrages La Boulangère de Monceau, La Carrière de Suzanne (1963), et en 1965, La Place de l’étoile, pièce centrale du film à sketches Paris vu par….  Si le critique Jean Douchet relève que ce film marque à la fois manifeste, et rétrospectivement acte de décès officieux, de la Nouvelle Vague comme mouvement cohérent, il montre aussi combien il a précédé un fort regain d’inspiration des cinéastes impliqués dans ce mouvement à un moment délicat de leur carrière. Sur ce point d’ailleurs, Rohmer ne fait pas exception à la règle (La Collectionneuse en 1967 marquant le début d’une riche collaboration avec le chef opérateur Nestor Almendros et une augmentation régulière de son rythme de production).

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