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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Déconstruction de la religion
[lundi 25 janvier 2010 - 05:00]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Le mythe de la violence religieuse
William Cavanaugh
Éditeur : Editions de l'homme nouveau
384 pages / 27,55 € sur
Résumé : Le théologien américain William Cavanaugh récuse l’utilisation du concept de religion dans les sciences humaines, en mettant à jour les enjeux de pouvoir qui sous-tendent cette notion issue de la modernité politique.
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Or, en étudiant le pendant de la sécularisation, la religion, et en faisant la généalogie de son avènement et de la configuration de pouvoir qui l’a portée, Cavanaugh apporte la preuve qui manque à l’essai de Taylor. Car il expose ses arguments avec ordre et méthode, si bien qu’il rend possible la réfutation. Sa rigueur est la force de ce livre.
De l’autre côté, la faiblesse du livre de Cavanaugh est qu’il ne va pas au bout du chemin qu’il parcourt. Il dissout fortement les fondements officiels de l’État libéral, en manifestant son caractère religieux et en déconstruisant un de ses mythes fondateurs les plus puissants. Mais craignant d’aller aux conclusions auxquelles ses raisonnements le conduisent, Cavanaugh s’arrête en chemin : " La séparation entre le religieux et le séculier devrait être maintenue. […] Nous devons renoncer à dire que le nationalisme est vraiment une religion. Du point de vue religion, cette assertion en appellerait à des accusations d’idolâtrie. […] La distinction religieux/séculier contribue à maintenir la loyauté publique et létale des chrétiens envers l’État-nation "  .
Cette attitude à la Descartes   est difficile à recevoir dans un essai de philosophie politique. Que veut dire par là Cavanaugh ? Mon interprétation serait qu’il faut maintenir la distinction entre les Églises et l’État, qui est fondée en théologie ; qu’il faut également conserver la pratique libérale du pluralisme des opinions avec un accord minimal sur quelques valeurs, comme principe pragmatique de paix civile ; mais qu’il faut renoncer à la dimension idéologique du libéralisme – à ses mythes et à ses théories – pour partir en quête d’un meilleur fondement pour nos sociétés.
Quel serait ce fondement ? Si on cesse d’écarter du débat public toute contribution dite religieuse, justement parce que cette disqualification est infondée, alors peut-être la philosophie politique moderne pourra entrer en dialogue avec la théologie chrétienne, avec le droit musulman et avec les sagesses orientales et africaines, pour tisser ensemble le nouveau lien social.

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5 commentaires

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Jérôme Lemonnier

11/03/10 22:54
A mes yeux, les guerres de religion marquent surtout l'avènement de la raison d'Etat, la fin de l'universalisme chrétien dans sa conception traditionnelle d'une communauté christiano-impériale, et l'émergence de corps politiques au sens moderne. L'Etat s'empare du monopole de la cohésion collective. La fidélité par rapport à l'Etat devient prééminente par rapport à l'adhésion confessionnelle et à l'appartenance religieuse.

Ce mouvement prend place entre 1560 et 1630.

En 1585, Pierre de Belloy écrivait déjà : "La République n'est pas dans l'Eglise, mais au contraire l'Eglise est dans la République".

Dans cette perspective, il m'apparaît bien évidemment faux de prétendre que la religion est source de violence. Il est en par ailleurs intéressant de noter que la nostalgie pour les mythes religieux universalistes du style Croisades apparaît d'ailleurs à cette époque-là. D'une certaine manière, c'est bien la sortie de la religion qui s'effectue dès cette époque là pour les sociétés occidentales.

On trouvera des développements très intéressants sur cette question dans l'ouvrage de Marcel Gauchet, La Condtion Politique, paru aux éditions Gallimard, Tel, 2005.
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Sylvain Reboul

30/01/10 17:07
"une absorption de l’Église au sein de l’appareil de l’État " . En effet, " l’État n’était pas sécularisé mais sacralisé aux 16e et 17e siècles " . Là, les exemples abondent pour montrer comment la fonction royale était divinisée et utilisait les rites et les symboles de la religion pour renforcer son pouvoir."

C'est précisément cette absorption de l'église dans l'état constitué en pouvoir temporel et spirituel qui est responsable de la violence sans fin dite guerre de religion. Toute église comme machine de pouvoir idéologique collectif vise à devenir ou à se fondre dans un pouvoir temporel sauf à être réduite à l'impuissance.

Par delà les conflits entre pouvoir de l'église et pouvoir politique non-libéral, la question de l'alliance nécessaire entre les deux relève de la seule problématique de la domination conflictuelle de l'un sur l'autre.

Dans tous les cas le pouvoir politique despotique a besoin de celui plus absolu encore de l'église (religion) pour légitimer l'extrême violence nécessaire auprès de la population qu'il soumet absolument.
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Sylvain Reboul

30/01/10 16:48
1) Absolu est dit d'un principe, dans le domaine théorique, qui est inconditionnellement vrai (dogme) en toutes les conditions empiriques et dans le domaine pratique qui est un commandement ou une obligation qui valent quelles que soient les conditions empiriques et donc auxquels on doit se soumettre sans condition (impératif catégorique) , c'est à dire aveuglement..

2) Tout bien absolu implique un mal absolu qu'il faut détruire absolument, dès lors que ce Bien nous est imposé de l'extérieur par un Dieu transcendant dont le pouvoir sans limite exige nécessairement que l'on sacrifie sa vie et celle des autres pour Lui.

En effet, un absolu qui n'impliquerait pas un pouvoir potentiellement violent sur les autres, à savoir contre le mal et ceux qui l'incarnent, serait conditionnel. Seule la violence extrême de et par la mort est absolue, car absolument éliminatrice du mal. Ainsi tolérer le mal absolu comme un bien relatif ou un moindre mal, c'est compromettre le bien absolu en qu'il a d'absolu

Conclusion le Bien absolu ne peut sans déchoir tolérer un quelconque compromis pacificateur. Il ne s'agit pas de test empirique, mais d'implacable logique .

Mais ne pourrait-on pas envisager un absolu absolument tolérant qui transcenderait la violence dans l'amour universel?

Peut-être mais cette tolérance absolue ou non-violence absolue ne pourrait être vécue que par qui a rejeté toutes les religions comme idolâtres et que donc dans un dépassement du sacré qui exige nécessairement sacrifice donc violence au service de l'absolu religieux (qui identifient et distingue les bons croyants des mécréants) . Ce qui s'appelle la sainteté, or il n'y a de sainteté possible qu'extrêmement minoritaire, voire absolument solitaire, et mystique c'est à dire irréligieuse, voire anti-religieuse. CQFD.
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gdelacoste

28/01/10 19:34
Votre remarque me rassure : ce passage me semblait en opposition avec tout le reste de votre propos, et c'est pourquoi je l'avais relevé. De fait, votre texte, à cet endroit, ne dit pas clairement que vous critiquez cette opinion libérale, mais si on le confronte au reste de votre livre, il est manifeste qu'elle est en contradiction avec ce que vous défendez ailleurs.

En revanche, votre livre laisse le lecteur insatisfait. Comme vous le dites vous-même en introduction, vous n'avez pas "de théopolitique alternative et personnelle à présenter dans ce livre. L'objectif de ce livre est négatif : contribuer à démanteler le mythe de la violence religieuse" (p. 22). Mais ce parti-pris est la limite de votre ouvrage. Il n'est pas tout de déconstruire, il faut aussi montrer la voie par où l'on peut bâtir solidement.

Il faut revenir à l'un de vos livres précédents, "Eucharistie-mondialisation" (éditions Ad Solem, 2008) pour trouver un élément de réponse, quoique très succinct. Après une première moitié de ce livre où vous développiez déjà l'idée qui constitue votre dernier ouvrage (la dénonciation du Lévathan moderne comme forme actuelle de l'idolâtrie), vous y donnez un court chapitre sur la "contre-politique eucharistique", et deux autres sur l'espace de l'eucharistie. Mais ce ne sont que des esquisses, et la question mérite des développements bien plus amples : comment maintenir la vie sociale sans la sacraliser ? comment l'eucharistie constitue le lien humain par delà les croyances, sans faire de ceux qui n'y participent pas des "autres", donc des ennemis ? Bref, comment refonder la politique par-delà le contrat social moderne sans tomber dans une nouvelle idolâtrie ?

J'espère que vos recherches futures apporteront des réponses aux questions que vos travaux passés soulèvent !
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William Cavanaugh

27/01/10 09:07
I appreciated Guillaume de Lacoste Lareymondie's review, but I think his puzzlement about my position at the end of the review is because he has misunderstood the passage he quotes:

De l'autre côté, la faiblesse du livre de Cavanaugh est qu'il ne va pas au bout du chemin qu'il parcourt. Il dissout fortement les fondements officiels de l'État libéral, en manifestant son caractère religieux et en déconstruisant un de ses mythes fondateurs les plus puissants. Mais craignant d'aller aux conclusions auxquelles ses raisonnements le conduisent, Cavanaugh s'arrête en chemin : " La séparation entre le religieux et le séculier devrait être maintenue. [.] Nous devons renoncer à dire que le nationalisme est vraiment une religion. Du point de vue religion, cette assertion en appellerait à des accusations d'idolâtrie. [.] La distinction religieux/séculier contribue à maintenir la loyauté publique et létale des chrétiens envers l'État-nation " (p. 186).

This is not my position. I am here summarizing the position of a Christian liberal who both considers himself Christian and thinks that the marginalization of religion from public life is a good thing. Again, I am criticizing this position, not adopting it. Please let him know, if you have a chance.

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