On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La lâcheté serait-elle la chose du monde la mieux partagée ? se demandera-t-on après avoir lu Wassyla Tamzali. Dans son livre paru en octobre 2009, Une femme en colère. Lettre d’Alger aux Européens désabusés, la féministe algérienne constate l’incapacité des intellectuels et politiques européens à penser les questions de la modernité comme la condition de la femme, la question identitaire, la diversité culturelle, la religion et la liberté de conscience. Son reproche amer à l’Europe est celui de ne plus croire en ses valeurs fondatrices, et notamment à la France qui n’applique plus avec ferveur et universalité son hymne "Liberté, Egalité, Fraternité". Ce texte est un appel révolté au soutien dans la lutte qu’elle mène contre la ségrégation sexuelle à l’œuvre dans les pays musulmans.
Etre féministe, c’est refuser des pratiques néfastes aux femmes. Tâche rendue difficile par une Europe (dont certaines de ses féministes) qui a enfermé la femme des pays arabes dans une étiquette identitaire commode de "femme musulmane" et, d’autre part, par les pays musulmans qui considèrent que les féministes sont islamophobes.
L’Europe étant devenue le champ d’expérimentation de l’islam dit modéré, Wassyla Tamzali revient sur la confrontation entre religiosité musulmane et laïcité et illustre l’échec tant de l’Islam à se réformer que celui des Européens à défendre une démocratie et une laïcité fortes.
La laïcité à la française semble, en effet, devenue un principe de tolérance molle, prompte au relativisme culturel: "Le traitement sexiste des femmes est toléré quand il est revendiqué et pratiqué par des populations venues d’ailleurs" Elle dénonce autant le recours à la religion pour l’infériorisation, l’asservissement et l’enfermement des femmes poussé loin par la culture islamique, que le système patriarcal des Etats religieux arabes qui font de la domination des femmes et de leur sexualité un enjeu.
Revenant sur l’affaire du foulard de 2003, Tamzali analyse la pratique du port du voile, devenu arme médiatique dans une guerre identitaire qui marque le corps des femmes. Certes, la question est complexe, notamment pour une jeunesse qui revendique une identité de Françaises musulmanes dans une France qui ne les intègre pas. Mais, le voile est "le symbole de la régression de nos sociétés" et non pas un accessoire de mode, comme la burka n’est pas une simple tenue vestimentaire, mais "une véritable camisole de force portée dans l’espace public" . "Voiler les femmes musulmanes est aujourd’hui instrumentalisé par les islamistes […]. La dissimulation du corps des femmes semble être devenue l’unique préoccupation des musulmans de tous les continents" .
Cette islamisation des mœurs confirme le tabou de la sexualité et sa place exorbitante dans les pays arabes. Pour Latifa Lakhdar, professeur de l’université de Tunis : " Le voile est la sanctification de l’ascendant de l’éros musulman sur l’ethos musulman" . Et, si les dignitaires musulmans refusent que des femmes soient imams, c’est qu’elles montreraient leurs postérieurs aux croyants pendant la prière et susciteraient ainsi le désir sexuel des hommes. Le corps des femmes, réduites à un rôle de procréatrices, est un tabou. Et l’on sait à quelles déviances pathologiques mènent les tabous : la burka afghane n’en représente-t-elle pas, souligne Tamzali, "la forme la plus théâtralisée" ?
Elle critique, par ailleurs, la mauvaise foi des islamistes européens : " La liberté au nom de laquelle ils exigent d’être acceptés sans modifier leurs comportements […], au nom de laquelle ils obtiennent le passe-droit exorbitant de vivre selon une morale et une ségrégation sexuelle contraire aux principes de l’égalité des hommes et des femmes, ils ne [l’] accordent jamais à ceux de leur communauté. Pas plus en Egypte, en Algérie, que dans certains microcosmes en France" .
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Michaël