On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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A bien y regarder l’étranger apparaît par les temps qui courent comme une donnée familière, de par son usage omniprésent dans le discours courant, sa dissémination et son inscription dans la parole médiatique, rien de plus familier que cette donnée de fait, il y a de l’étranger, des étrangers. C’est sous l’égide de ce confort apparent que nous croyons la question de l’étranger d’ores et déjà régulée par un ordre du discours qui lui offre asile et charité. Le livre de Bernhard Waldenfels, phénoménologue allemand, traducteur de Merleau-Ponty, dont ce livre marque ici la première publication d’une monographie en langue française, initie ici une enquête détaillée sur la question de l’étranger vue à travers le prisme de la phénoménologie, venant ainsi ramener de l’inquiétude et des déplacements sémantiques dans la philosophie, qui sont les bienvenus à l’heure où le discours dominant (celui des médias, voire même celui de l’Europe) semble s’être contracté, crispé, devant l’existence de cet objet impossible. Ce premier volume d’une somme philosophique de laquelle devraient suivre trois autres tout aussi conséquents est un recueil d’articles et de conférences autour du thème de l’étranger qui ont été remaniées, complétées et rassemblées. L’excellente traduction est ici signée par un groupe de philosophes suisses romands qui donnent corps à un texte dont la présence manquait cruellement au paysage intellectuel francophone. L’étranger est traité ici comme un phénomène fondamental au sens phénoménologique, simplement comme quelque chose se s’exposant à nous sous un mode particulier tout en dérobant que le philosophe vient interroger, et c’est essentiellement autour de cette question, qu’est-ce qui se passe lorsque les choses se montrent à nous ? (ne devraient-elles pas plutôt sous une forme délimitée rester telles qu’en elles-mêmes elles ont toujours été ?) que se déploient les analyses contenues dans ce recueil. De là l’auteur tire toute sa force d’analyse en proposant remettre au centre des phénomènes existentiels cet hyperphénomène qu’est l’étranger, tout en le radicalisant par le biais d’une fine critique de la phénoménologie. La singularité de l’étranger, de sa place inassignable, contraint la phénoménologie aussi à penser un objet qui excède ses propres catégories, “ qui excède les conditions de son apparaître ”. L’insistance accordée par Waldenfels à l’idée d’une expérience de l’étranger précédant toute élaboration théorique, doit en effet beaucoup à la phénoménologie, mais surtout à l’influence d’Husserl (toujours via Foucault comme le rappelait l’auteur lui-même lors d’un colloque) auquel il a consacré quelques ouvrages et articles et qui marque de son empreinte tout le livre.
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