La pensée de la bisexualité revue et corrigée
[dimanche 10 janvier 2010 - 12:00]
Gender studies
Pour et Contre la bisexualité. Libre traité d'ambivalence érotique
Karl Mengel
Éditeur : La Musardine
Mengel anticipe les critiques, notamment l’idée qu’un tel type de sexualité puisse connoter une sexualité débridée et sans morale. Or l’auteur évoque beaucoup plus une ouverture à de nouveaux possibles dans les rapports intimes grâce à un regard sur l’autre débarrassé des étiquettes et grâce à l’affirmation d’une disponibilité absolue envers tout type d’individu. Tout le monde serait donc susceptible de bisexualité – ou, plutôt, de pansexualité – et chacun serait libre de pratiquer un type de sexualité plutôt qu’un autre en fonction des envies et des rencontres. Mais cela n’implique en rien l’exercice d’une sexualité immorale et sans borne.
Mengel achève son ouvrage en revenant sur la question de l’identité sexuelle. Selon lui, l’affirmation de l’homosexualité comme état n’a donc pas plus de sens que celle de l’identité hétérosexuelle, même si l’auteur reconnaît le rôle de bousculeur de normes sociales qu’a joué l’affirmation de l’homosexualité. Cependant, pour l’imaginaire collectif, le positionnement pansexuel résulte dans l’entre-deux du clivage homo / hétéro et répond difficilement aux exigences de fixité dont souffre le grand public. Mengel veut substituer à ce binarisme une vision de l’humanité qui lui paraît plus juste, celle d’un continuum (de pratiques, d’identités…) selon lequel chacun serait libre de se positionner comme il l’entend. Pour expliquer le caractère non monstrueux de cette pensée, il s’appuie sur " l’innocent règne animal " et dresse le bilan explicite des pratiques bi de " nos-amies-les-bêtes ". Ainsi, Mengel balaye efficacement l’argument de la sexualité comme pure pratique de reproduction et indique que, chez les hommes comme chez les animaux, la sexualité assume aussi bien d’autres fonctions : autorité, initiation etc.
Au terme de l’ouvrage, Mengel envisage de manière optimiste l’acceptation de la " pansexualité " et la possibilité du développement de sa pratique : " la révolution pansexuelle est en marche ", affirme-t-il. Le lecteur curieux et ouvert d’esprit acquiescera avec enthousiasme à la bonne humeur de l’auteur. Par contre, celui qui reste attaché à la prétendue normalité binaire des rapports sexuels risque de se montrer plus réticent devant de telles certitudes. Mais n’est-ce pas là aussi le principe même de provocation de ce petit traité?
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