On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
La victoire des intentions sur les faits
À première vue, le titre de l’ouvrage de Mélissa Blais – J’haïs les féministes ! – cri du coeur souvent entendu (et rarement assumé…) par bon nombre de personnes, est plutôt attrayant. Il peut même prêter à sourire. C’est bien sûr sans connaître le contexte tragique et réel dans lequel cette phrase a été prononcée : la tuerie " antiféministe " de l’École Polytechnique de Montréal (Québec) en 1989 par Marc Lépine, qui avait fait 14 victimes par balle
Dans un deuxième temps, ce qui interpelle davantage, c’est le rapport quasi-idolâtre, superstitieux, passionnel, que Mélissa Blais entretient avec cette citation, comme si l’attentat pouvait être réduit aux seules intentions de son auteur, à une formule magique capable d’agir à distance et de manière atemporelle. Pour la sociologue, il s’agit de ne surtout pas s’écarter des " intentions politiques du tueur " . Les désirs, les fantasmes, les peurs, sont des ordres, et doivent commander au réel ! Cette surévaluation des intentions de Marc Lépine attire l’attention tant elle est caricaturale . Ces 14 femmes-martyres ont-elles été assassinées uniquement pour leur féminisme ou parce qu’elles étaient nées femmes ? Peut-être les deux, ou même pour 36 000 autres raisons : face à la folie meurtrière d’un homme qui a frappé quasiment à l’aveuglette (même s’il avait méticuleusement calculé et intentionnalisé son coup), comment le savoir ? Pouvons-nous le savoir ? Sommes-nous habilités à trancher ? L’irrespect de la mémoire des victimes ne se situe-t-il pas autant dans le refus de faire mémoire du crime odieux dont elles ont été objectivement l’objet (peut-être en tant que " féministes " ou en tant que " femmes ", mais déjà en tant qu’" êtres humains " !), que dans la quête effrénée de réponse par l’identitaire particulariste pour tirer la couverture à soi.
Là où nous pouvons rejoindre Mélissa Blais, c’est qu’elle exprime son regret que l’événement n’ait pas entraîné de réelle réflexion sur "l’existence d’un ‘conflit’ entre les hommes et les femmes, voire d’une ‘crise’" . Car en effet, là semble être aussi le vrai débat : dans une discussion collective sur un " mieux cohabiter ensemble entre femmes et hommes " sans nier ni hiérarchiser leurs différences respectives. Le cri de Mélissa Blais et son appel à la mobilisation politique sont légitimes dans la mesure où la tuerie de Montréal ne doit pas être classée comme un " fait divers catastrophique parmi d’autres " qui fera la une des journaux pendant une semaine et qui tombera dans l’oubli. C’est juste dans la récupération féministe du drame, dans la distribution des fautes entre hommes et femmes (alors qu’il eût fallu justement les aider à s’unir), et dans ce binarisme bourreaux/victimes, que s’épuise malheureusement cette juste révolte de l’auteure. Il est regrettable que ce ne soit pas la construction du couple femme/homme, mais la queerisante " déconstruction des rapports hommes-femmes " qui ait primé.
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