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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

En 376 apr. J.-C., sur les rives du Danube, frontière de l’Empire romain, se pressent soudainement des Goths fuyant devant les Huns : guerriers, vieillards, femmes, enfants, ils demandent à entrer dans l’Empire, à recevoir des terres en Thrace. Leur nombre augmente de jour en jour. Sans ordre des autorités impériales, les officiers de l’armée romaine massacrent dans un premier temps les guerriers qui franchissent illégalement le fleuve.
L’Empereur Valens leur accorde pourtant d’entrer dans l’Empire, mais la traversée du Danube en crue est mal contrôlée ; l’afflux de population est tel que les autorités décident rapidement d’interdire tout nouveau franchissement. Les réfugiés s’accumulent alors au nord du Danube, leur hostilité envers l’Empire devient palpable, tandis que, de l’autre côté, ceux qui ont réussi à passer avant la fermeture de la frontière ne sont pas pris en charge : aucun transfert n’est effectué vers les zones en friches, les camps de réfugiés, improvisés, ne sont pas suffisamment approvisionnés, d’autant que les militaires romains détournent les vivres.
Cette situation débouche rapidement sur une crise grave : les Goths traversent le fleuve en masse, les réfugiés légaux sont envoyés vers l’intérieur de l’Empire, les conflits avec l’armée romaine éclatent, conduisant au massacre des troupes régulières.
Pendant deux ans, les Goths « en situation illégale » se déplacent en Thrace, rejoints par les esclaves et les mercenaires issus de leur peuple et installés au cours des années précédentes, affrontant l’armée, pillant les villes. Le 9 août 378, l’Empereur Valens ouvre les négociations avec les Goths, mais le combat éclate au même moment. L’Empereur est tué, l’armée romaine se révèle incapable de lutter contre les Barbares.
Cette crise des années 376-378 constitue pour Alessandro Barbero un tournant dans l’existence-même de l’Empire romain d’Occident, en liaison avec sa politique d’immigration. L’idée force de son ouvrage est en effet que l’Empire survit tant que sa capacité d’intégration des barbares est intacte, et s’effondre lorsqu’il ne peut plus leur accorder ni place dans l’armée, ni terres à cultiver.
Un ouvrage sur l’immigration dans l’Empire romain, dont l’intérêt se révèle dans sa deuxième partie
L’objectif de Barbares. Immigrés, réfugiés et déportés dans l’Empire romain est d’étudier la gestion de la « ressource immigration » par les autorités impériales, d’Auguste au Vème siècle. Le plan adopté, totalement chronologique, ne permet à l’auteur d’arriver aux grandes lignes de sa démonstration que vers le milieu de l’ouvrage.
Aussi les premiers chapitres donnent-ils une impression de répétition, d’un règne à l’autre, des mêmes pratiques : l’utilisation de barbares réfugiés ou déportés dans l’Empire pour repeupler des zones dévastées par les guerres ou par les maladies ; leur versement dans l’armée pour renforcer celle-ci.
L’épisode de l’arrivée massive des Goths dans l’Empire -au neuvième chapitre, tout de même !- donne un nouveau souffle à la démonstration, peut-être parce que l’auteur est plus à l’aise avec la période du Bas-Empire qu’avec celles qui précèdent. Celles-ci lui sont pourtant indispensables pour tordre le cou à bien des idées reçues sur la politique d’immigration aux IV-Vèmes siècles.
1 commentaire
gozillon
le livre commenté me paraît intéressant ; le commentaire aussi. Une question pourtant : sans vraiment en faire un reproche, Sandrine Crouzet semble regretter que le travail d'Alessandro Barbero nous informe moins sur le Bas-Empire que sur la manière dont aujourd'hui se porte vers le passé. Et il est vrai qu'il est difficile de lire le compte-rendu (et sans doute aussi le livre) sans penser à des débats très contemporains. Mais n'est-ce pas toujours le cas ? et n'est-ce pas toujours nécessairement le cas dans la mesure où la pensée de l'historien (et son écriture) ne peut échapper aux injonctions d'aujourd'hui ?
Je ne parle pas des injonctions grossières, éventuellement venus des pouvoirs ou de leurs oppositions ou de la mode, mais des injonctions, disons paradigmatiques, parfois non pensées, qui fournissent à l'historien ses archives et les lunettes avec lesquelles il les étudie. Certes le désir d'histoire incite l'historien et son lecteur à espérer faire renaître le passé, mais que ce désir soit exigeant ne signifie pas qu'il peut être satisfait : l'histoire se déconstruit en permanence, mais n'avance pas...